mercredi 26 octobre 2011

premières notes sur la prochaine exposition de photographies d´Eve Livet


photo Eve Livet



faut rallumer les fleurs qui s’éteignent


si l’on veut le baiser de la lune


et vivre encore


dans un ascenseur
…



du miroir le plus beau


c’est quand je dors

...


lune asthénique et voluptueuse


absente et attentive


sur Madrid


le portier du Ritz, peut-être


un brin amoureux du malheur


de tant de clients


fainéants


quand je fume dans la rue


et jouis du premier turquoise


du matin


me dit mon premier bonjour


Les séances dernières où j'ai posé, et je me suis permis deux ou trois fois de tenir la lourde Blad à viseur troublant pour garder un souvenir de l'artiste photographe elle-même, sans savoir si les lignes sur l'écran, sur cet écran de lumière vraie, puisque dans ce vieil appareil il n'y a rien d'électrique et encore moins de numérique, et bien, si ces lignes étaient celles qui cadraient la prise, ou si le cadre était la photo magnifique jusqu'au bout de ses jambes croisées, son sourire pensif, avec l'arrière plan de la terrasse du Ritz et son escalier couronné d'un piano à queue.
On le saura quand les rouleaux seront développés; on saurait tellement de choses. J'ai la chance de participer en tant que témoin un peu perdu, aux préparatifs de l'exposition de photographies d'Eve Livet qui aura lieu rue du Pont Louis-Philippe, d'ici quelques jours, du premier au douze novembre, ce qui fait que les choses se passent dans un stress et une vitesse qui auraient cadré avec le premier brouillon de titre auquel Eve pensait pour cette prochaine exposition d'un choix de photos récentes pour la plupart. Ce titre portait des stigmates du même ordre que le titre de ma dernière exposition de peinture. Elle intitulait de prime abord son projet : Issue de secours. Moi, avant, me trouvant à l'hôpital et dans l'échec et mat et la peur d'être tenu pour disparu artistiquement, j'avais choisi le titre d'un tableau : Rapport d'activité. Le titre sur le tableau était plutôt celui d'un instant de bonheur, puisqu'il s'agit d'un nu d'elle et d'une sortie intime d'humour. Mais mon choix était aussi un appel au secours.

Je ne pourrais nier les difficultés de la mise en travail de la photographie argentique, devenue rarissime et coûteuse, ni les doutes qui honorent le sérieux d'une vraie artiste; mais je voudrais faire état des premiers moments de joie, de jouissance, quand j'ai vu les premiers ordonnancements des séries de photos : les chevaux dans la bruine, venus de négatifs qui datent d'une année de neige, ou la série d'étude faite au Ritz de Madrid, à peine la première moitié de ce d'octobre qui nous échappe, tout en passant corporellement par le quotidien de Madrid et de cet hôtel magnifique et désuet tel qu'il a été vécu par Mata Hari, la première, les présidents (Mittérand), les rois de ci et de là, ou la beauté qui serait abattue par les tirs d'un snyper : Benazhir Bhutto, qui fût la femme présidente du Pakistan et qui était pour moi non seulement un modèle de beauté et intelligence aristocratique, mais une sorte de garant du surhumain dans la conscience. L'oubli d'une photo, ... Eve en a tellement en réserve... l'assassinat de Benazhir Bhutto dans la fleur de sa beauté, et les démolitions à la dynamite des colossaux Bouddhas millénaires que les talibans ont détruit il y a peu d'années, font les trois un même pincement dans mon coeur.

Parfois je pose avec la gravité de connaître les difficultés d'artiste de celle qui me demande plus ou moins de profil, ou de ne plus bouger. Les prises de vue, elles sembleraient l'emmagasinage éclectique d'une écrivain, de quelqu'un comme Patricia Highsmith ou Hemingway ou les beatniks à commencer par Kerouac et non sans coïncidence avec le soin et l'ivresse des collages de William Burroughs : et je me trouve parmi la série dans une mise en abîme qui me montre en attitude de désespoir et de penseur, comme l'amant d'Allen Ginsberg est évoqué dans Howl, ou comme l'adieu de Swinburne à son valet complice et son seul appui pour la joie sexuelle, ou bien je pourrais me sentir la morte vivante, la modèle mourante de La chute de la Maison Usher d'Epstein d'après Edgar Allan Poe et Baudelaire, assis sur un fauteuil vertueux et exquis, à mi-chemin du lit défait, ayant éparpillé mes livres parmi les cafetières du service de Limoges et dans le contre-jour et la demi-teinte, la chemise blanche et l'air détruit, craintif de la lumière puissante du balcon ouvert.

Notre chambre fumeur s'ouvrait à l'avant-dernier étage sur un paysage de Madrid et si l'on s'accoudait le matin pour une première cigarette, la vue plongeait sur l'obélisque de la Plaza de la Lealtad, encerclé par des arbres qui semblent composer une secrète alliance de Sages du monde végétal. Dans le noir et blanc, certaines complaisances se voient déracinées, comme dans un jardin soigné où chaque plante a son pedigree capricieux d'un récit poétique ou de la simultanéité du rêve.

Tout cela a fait pencher Eve pour le choix d'un autre titre, tiré d'un vers où je parle d'elle : Où mènent les portes du songe ? Elle ne perdait de vue ni l'Alice de Lewis Carroll - presque une représentation en camée de son errance en Espagne - ni le miroir, dont le nom de traversée ramène aussi au cinéma de Jean Cocteau.

Le pavot coulant des taureaux à l'arène et sa rouge réalité sont dans les cadrages noir et blanc sur pellicule une sorte de douleur religieuse, comme peuvent l'être les cierges noirs d'un monde secret. Le taureau a une âme chez Eve Livet et dans ses reportages sur la tauromachie, elle est le sacrement d'un incompréhensible péché.
Moi je dirai, pour recevoir cette expo : Olé !!!

(pour avoir accès à l'inventaire rimé des planches contact d'Eve Livet, veuillez cliquer)

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