samedi 28 février 2009

Plastiquage




Ph. : E. L.


Je pense que c'est un acteur connu, qui joue Léo Scheer dans mon imagination et mon peu de mémoire, quand je l'évoque à côté des philosophes et écrivains que je lis dans ce qu'il publie. N'ayant aucun intérêt au cinéma actuel, j'ai dû emprunter les gestes et l'allure dans un ou plusieurs trailers qui ont dû passer avant Satyajit Ray ou un autre film blanc et noir, côté Sorbonne. Fin cultivateur à mes yeux, l'acteur qui joue son rôle ne travaille pas des états de colère injustifiée ou d'un excessif dérisoire. Lui, au moins, est en couleur.

Je fais la distance entre vouloir tout savoir et préférer rester dans le doute. Et ce n'a pas été une diminution du désir, mais une ouverture vers un désir plus complexe. En faisant le portrait à l'huile d'un ami collectionneur, j'avais attribué la partie non ressemblante à une ressemblance secrète avec l'autre. Finalement même la vision de mon ami, qui nous reçoit les bras ouverts à sa table à la Fontaine Gaillon, ou à la brasserie de la Closerie des Lilas, s'avérait n'être que mise en scène des retrouvailles supposées dans mes lectures.

Ce sont des phénomènes de l'imaginaire qui viennent illustrer l'idée de plastiquage dans le livre de la philosophe Catherine Malabou que je viens d'acheter et que j'étais en train de lire avant de m'adresser à vous. Une destruction de l'identité qui ne remplit pas la tache salutaire de l'apoptose synaptique, mais qui fait apparaître une identité autre, méconnaissable, qu'on qualifiera volontiers de maligne et qu'il faudrait identifier in extremis, et sans conséquence, comme ce qui permet la froideur du pervers, et sa distance sidérale par rapport à toute histoire de culpabilité.

L'auto-fiction devrait être rudement concernée par la prose artistique de ce dernier livre de Malabou. La notion de métamorphose, qui fait chez elle déjà apparition à propos d'Heidegger, est fondatrice chez Apulée encore plus que chez Ovide, pour ce qui est des formes modernes. Chez Malabou elle semble aussi être le principe du récit.

Il arrive que j'ai lu précédemment La nuit de Mai qui développe depuis un rêve du philosophe Clément Rosset son idée de désir. Il prend bien soin d'introduire dans le jeu de personnages le dépressif, chez qui le désir fait défaut.

Je me trouve à établir un premier pont, entre le plateau où évoluent les acteurs qui jouent en boucle chez Catherine Malabou, des âmes mortes, et le triangle du dépressif face à Balzac et à Proust. Le deuxième pont est tendu sur un étang à crocodiles, et relie les deux premiers à la galerie de pervers qu'Elisabeth Roudinesco mets en scène dans La part obscure de nous-mêmes, qui est sous-titré Une histoire des pervers.

Au dîner où Roudinesco a présenté son livre il a été question de la "souffrance" du pervers, qui justifie la cure. En fait, n'étant pas féru de tant de lectures que ces femmes et hommes illustres, je me représente ces structures de perversion, névrose ou psychose comme étant assez interconnectées et munies de maigres différences. Je peux très bien voir sur le même scénario des pervers à l'âme morte, des énergumènes désirants qui subliment l'abject par l'écriture et des créateurs au passé de dandy. Dans la comédie philosophique, je suis surpris par chaque tour de main de l'acteur, charmé par le glamour que je leur accorde. Moi-même, ne me défais-je de ma propre identité quotidienne dans mon travail d'artiste ? Ne suis-je quelqu'un que je croiserais avec surprise ? Même de l'émotion ? Ne suis-je déjà sous l'impératif d'agir naturellement qui est le seul principe des silhouettes dans un tournage ?

Suis-je une personnalité traumatique, qui ne va jamais prendre sa forme finale, puisqu'elle oppose au monde une surprise constante, inépuisable ? Il faudrait que je vive en parasite de moi-même, ce qui m'a d'abord gêné dans ce que j'appelais mon écriture lunaire ou paroxystique. Mais le parasite il vide, il libère de l'espace au pervers, à toute une société secrète, un monde en marge, il permet par le tournage permanent d'un film anonyme, dans mon imagination, qu'une nouvelle réalité fasse image, fasse écran, là où l'accident, pour reprendre Catherine Malabou, avait brisé le réel. Si ce n'est que les conditions du tournage n'aient été elles-mêmes abolies par l'accident.

Les rêves se sont avérés être un très bon matériel pour ma poésie et pour ma prose poétique. Mais que dire quand le vouloir du poème reste onirique ? C'est comme un rêve sans désir, une amorce de cauchemar. Même si j'ai fait des efforts à bien écrire toute une nuit durant. C'est le cas du poème Larmes pour la mort d'Echo, composé hier en haute nuit. Je l'ai livré au public instantané de la Toile dans une demande de reconnaissance qui demande de reconnaître juste quelque chose que je ne suis pas prêt à reconnaître, qui me demeure lunaire, propre au délire. Je vois là la fonction fatale de l'oracle. L'oracle en tant que destruction, et je crie "au secours". Je voudrais ne soit-il qu'on se moque, un peu d'humour en tout cas. Et qu'on me sépare de ce puit de violence qu'est mon inconscient.

jeudi 26 février 2009

Parvati, pastel on canvas



Larmes pour la mort d'Echo

Echo, l'écho de l'Enfer te crie
à la sorcière
que de la glace de ta mie
et de ta mort tu as fait le Miroir pour l'homme

inventrice du Miroir
seul Narcisse t'adore, trompé


dans la folie qui excelle ? l'avare amant de soi
ou le paroxysme des miroirs ? Dans la boue
l'image de mon corps
déchire sa chemise et tombe
sur la matière
pure et propre de la terre
voulant n'être plus mémoire de ma vie

Verse, douce Echo, de l'eau noire
sur moi
les débris du Miroir sont les atomes qui me composent,
je ne suis que la soif, le prétexte
pour le regard, le peintre
est Narcisse de retour de la mort
un ensemble de perles sur tes paupières
un oiseau
douce Echo
la mie de ton corps de mercure
dont si peu de soucis se fait l'Enfer

Comme dans un mélodrame les idées et les postiches
me torturent
je ne suis pas Narcisse que tu aimes
et j'ai besoin d'aide
puisque Narcisse est mon nom

Je serai bref devant ta tombe
une chansonnette à la tête

Es-tu, sorcière, le démon de la Musique
la liberté des esclaves
cette folle sagesse

dans l'image double de ton sein
en es-tu sûre
la Musique encore dure ?

Des mains menteuses
des tulipes
mon corps semblera mourir entre tes jambes
devenu fleur pour toi
chanson innocente qui nous apprend l'angoisse

blessures
dans les couleurs sans mixture d'une voix d'enfant
qui n'est pas né pour souffrir autant

Echo, morte tu te caches
à toi, à ta mémoire
et je suis toi avant que tu n'existes
il convient à l'attention du poète

plier
adresser toujours de dernières paroles

mercredi 25 février 2009

Les presento a... Nabe.

Marc Edouard Nabe es, como Bukowsky, un escritor del just be yourself, del "sé tú mismo". Apenas leídas unas líneas, uno se ve involucrado en sus propios pensamientos y las cosas empiezan a transcurrir bajo el signo de Nabe. Como la fiesta en un hotel particular, de la diseñadora Karen Moller, que ha escrito en inglés sus memorias hace poco. No hacía mucho que había desembarcado con mi novia en la bulliciosa fiesta cuando uno de los raros jóvenes presentes me da una palmada en el hombro para saludarme, estilo "cuánto tiempo". Enseguida se disculpa porque me había confundido con otra persona. Curioso e inconsciente le pregunto con quién me había confundido, y me responde que con el escritor Marc Edouard Nabe.


A él se le ha reservado la impureza de escribir en las paredes, o en internet, que para los consumidores es igualmente vergonzoso. Cuando se encuentra su obra disgregada y exhibida en reliquia en la única edición que tengo de algo suyo, Morceaux choisis, editada por Léo Scheer, comisariada por Angie David, que es ella misma un personaje de novela. Cuando ocurre que desde el principio ha sido rechazado de lo aceptable, de lo que pueda ser entronizado en una papelería o librería, la identificación con mi caso respecto a España es total, aunque aquí suscito cierta curiosidad. Bueno, sobre todo una señora de Burdeos me manda comentarios admirativos cada vez que lee alguno de mis textos franceses. Pero es la punta del iceberg, algo pasa, con Nabe y conmigo, algo semoviente en la tierra que nos dice que nuestro sortilegio ha despertado a algún espíritu.

Yo no tengo nada que ver con Nabe, en el plano real, no es el mismo proyecto, ni la misma táctica. Pero es como si hubiera un imán en ese tomo de los Morceaux choisis, me enloquezco, desencadena mi paranoia, como de forma negativa ya ha hecho con sus no lectores.

...

El gesto del converso (slam)

...

Escribir en español, en esta época en que las frases me vienen en francés, me pregunto ¿para dirigirme a quién? Las personas que puedo encontrar leen Babulia todas las semanas, o andan ojeados por la pesadumbre cotidiana.

Bien, escribir en español para introducirlos, a los pobres, en el paraíso de la modernidad parisina que yo sólo me he construído. Introducir en España la noción de miette o miga, forma en explosión de la expresión escrita. Muchos temas a la vez.

Escribir en español para mis aficionados en el ajo.

¿No me importa más en realidad el futuro, escondido y en secreto ?

Blasfemar como un poseso acerca de la izquierda profesoral en la que he nacido. Perderme en la abyección. ¿Lo ves? Sigo pensando en francés.

Mis padres ya tienen asumido que soy una especie de rock star de la literatura, hay que dejarme hacer el número. Qué importa si me pongo en pelotas y escupo al público. Lo importante es vender mi obra, y sobre todo hacerla, en el tiempo que me queda.

:::

dimanche 22 février 2009

miettes indépendantes (2) Waterloo Sunset

...


clic pour l'image du désir (2)

...

Perché sur soi-même, le parkinsonien arrive à l'écriture. Il n'a rien d'autre à dire.

Au chien de génie de suivre la pierre jusqu'au fond du lac.

Quand on tient à sa bataille, la mort des guerriers est décomptée.

Un fromage sec et ranci peut nous faire choisir la vertu et sauver notre âme. Il existe une magie propre au Nom du Rédempteur, qui a été établie par Fray Luis de Leon, et que l'on trouve dans la poésie des choses.

L'idiot peut faire le mort et flotter dans le naufrage, le héros a besoin toujours de l'aide des dauphins, ou d'une croix.

J'aimerais autant retrouver le goût alexandrin d'anamnèse et autres figures et tropes de l'invention des Ethiopiques de Héliodore où l'on ressent une structure de coquillages jetés dans le sable, d'algues ramassées, face à ces séries où les images sont serrées comme au métro aux heures de pointe.

Des êtres solitaires qui évoquent la mort comme un objet de leur pensée quotidienne. Mon amie, une fois les protocoles de la solitude mis de côté, veut savoir si pour moi il y a un ailleurs, et cela me rend l'arrière-goût de ma propre solitude.

D'étranges autruches parcourent la nuit. Elles pondent des oeufs colossaux, et l'on se dit : d'abord frire l'oeuf, puis rôtir l'autruche.

Toujours questionné à propos de Dieu, j'en profite pour draguer. Mais au moment de l'action physique je suis foudroyé par la réponse, et me voici amoureux. J'ai pas appris à prendre distance, la réponse à ses questions c'était elle ! Et moi qui pensais que j'avais Dieu dans la poche...

Pas de merles encore, mais les Kinks (Waterloo Sunset) aux écouteurs. Qu'une défaite française ait donné une si belle chanson me donne de la compassion pour la bande des petits tyrans frustrés.

Le merle et moi partageons une cigarette à la fenêtre de la cuisine, il se souvient de chansons que je n'entendais pas depuis l'école. Nico chante Chelsea Girls. Le merle s'en va l'entendre aux arbres du Père Lachaise, près d'ici, loin de ma toux et de l'éclat de mes allumettes, plus jeune, comme elle était.

vendredi 20 février 2009

Haiku español de la peña japonesa del Albaicin

..

eres alta y delgada,
como la nieve

miettes indépendantes (1)

...

Désigner une avant-garde, ça ne se fait pas sur place.

Est-ce qu'il y a une "pensée Deleuze" ? Ce ne serait un "devenir Deleuze" dans le sens primaire de "faire comme Deleuze" ainsi que dans le sens sublime d'une ontologie qui se déplace ?

Le Royaume est des idiots. Moins je sais, plus je peux raconter.

C'est du non-sense que l'on peut apercevoir dans l'obscurité du sommeil, dans l'étrange parole ou syllabe du vomisseur.

Et ce non-sense nous fait regretter l'éveil et la saine nourriture du sens, du senti, du tout à fait compris.

Ce n'est pas le même ressenti celui du cuir que celui du moleskine, malgré que le moleskine reste du vieux plastique, du proto-plastique.

Mon corps est en cuir et mon cerveau en moleskine, dit le nouvel homme. Son dresseur lui répond, alors pas ciré, le cerveau.

Les fées et les elfes m'ont fait croire que je dors sur un canapé en cuir.

L'alcool établit un lien de parenté entre les images, chaleureux.

L'ivresse apathique qui résulte des médicaments est justement tout sauf une ivresse, c'est le principe de réalité en tant que Nécessité.

Le suicide est plus que jamais pervers, tout en restant névrotique.

Le delirium tremens peut subvenir à la première communion, avec le vin.

Seul me manque de chanter à la télé, du Brassens en karaoke, et je le jure par Roland Barthes et par Michel Foucault que je le ferai. Picabia organisait des cabarets.

Big Brother et tout son genre sont l'équivalent visuel de l'anicônique monde du musée d'art contemporain.

Mon rein hallucine quand je pisse.

La femme névrosée n'est pas hystérique (mes excuses pour le contresens).

Le snob (sine nobilitas) prends l'autre pour un idiot, mais une fois instruit, il comprend le monde et abandonne l'extravagance.

Le vieillard, dans sa démence, s'il a eu une vie vertueuse, peut remarquer quand-même l'affection des proches.

Le mélange sucré-salé peut être un délice pour les sens externes, mais reste un désastre pour la digestion. L'on raconte qu'en France, ils font du chocolat au camembert.

dimanche 15 février 2009

Couple V

No cliques aqui si eres menor,
Ne clique pas si tu es mineur.

miettes pour des rossignols

...


La société est la guerre. Mais le drame de Merejkowsky c'est de ne pas comprendre qu'il rentre dans la catégorie des artistes parce que la guerre bourgeoise se modère elle-même. Tout comme la guerre grecque, elle écoute les deux partis, elle écoute son historicité.

Stalker peut se résumer, juste dans ce résumé il faudrait ne pas manquer de lui rendre justice. Je peux aussi être résumé.

La guerre orientale ne brandit pas d'arguments. Elle n'est pas historique.

Je me suis vu alternativement Marat caché dans son cloaque, un porc dans la boue, et Siegfrid couvert du sang du dragon.

Voilà pourquoi Léo Scheer est un éditeur d'avant-garde : parce qu'il ne fournit pas de simples livres, mais des faits historiques, constitués dans ces livres. Il a aussi le rapport à la bohême des avant-gardes.

La morale chrétienne, qui revient de nos jours, consiste à ce que le pauvre il faut l'empêcher de pécher. Ils veulent que l'affamé ne soit pas gourmand.

Les voix cristallines ne parlent pas à l'oreille de l'ignorant.

(...)

Bouddhisme trash et peinture rastafari, l'on pourrait croire que je suis le confident idéal.

En Espagne je suis de l'imposture intellectuelle, en France un proto philosophe de comptoir et un cochon; je suis curieux de voir qu'est qu'ils vont dire au Groenland.

J'adore les lieux communs quand l'autre y rentre dedans, soit pour les démentir, soit pour faire une concession.

Est-ce qu'il y a des professeurs au Groenland ? C'est pour un exil de mauvais élève.

Un dogme sceptique ?

Des macro-organes, la beauté en est un, ainsi que le monde, ainsi que la cécité, l'oeuvre d'un philosophe aussi.


16. Le samedi 14 février 2009 par Manuel

Laissez-moi deviner... Tout deuil nous affaiblit pour une réalité et nous renforce dans une autre plus faible. L'écriture est ce genre de deuil, c'est une inhumation.

17. Le samedi 14 février 2009 par Manuel

Il a fallu que cette ambulance passe dans la rue à ce moment-ci pour que je ressente l'agonie de l'humanité, comme Newton à la chute d'une pomme, ou Descartes en se réchauffant au brasero.

18. Le samedi 14 février 2009 par Manuel

Non, ça n'avait rien à voir... J'enlevais une arête dans ma voix avec deux miettes (pratique de salon alexandrin).

19. Le samedi 14 février 2009 par La chatte Mishima

Le sum de Descartes, par ailleurs, était déjà ruineux quand il l'a mis en pratique. Une autre ontologie accidentée.

20. Le samedi 14 février 2009 par La chatte Mishima

Ontologie plurielle par accident, la vieillesse nous fait double, enfants et sages. Éramos y éramos. La chatte Mishima ne vieillit pas, elle meure adulte. Elle ramasse des lauriers au Bardo Thodol.

C'est dans le penchant cognitiviste de Malabou que je ne vois en Espagne qu'un autre de cette grandeur : Ignacio Gomez de Liano, à une oeuvre encyclopédique, tout comme celle, plus jeune, de Malabou.


La voix qui imite inconsciemment une voix collective et qui est consciente quand elle imite ses propres pensées. Et puis la voix qui a fait une pensée de la voix collective.On dirait une chansonnette. On dirait que la musique est scientia infusa. Comment s'entassent les espaces dans la mémoire, génitalement donc avec sensualité, la voix est un organe de la mémoire de l'espace. Silence, parole et son sont les trois dimensions de l'espace, silence et son relèvent d'une science infuse, ils font surface. L'ignorant peut être persuasif, s'il sait du moins apprendre sur le champ. Et voilà qu'on aurait l'espace dans sa plasticité musicale (chez l'écrivain ?)

vendredi 6 février 2009

baiser

d'autres miettes (g)

(g)

Rémunération du travail de deuil, je me suis réveillé en pensant à des pleureuses qui rient dedans et vice-versa, des rieuses qui pleurent dedans, et avec l'intention de me consacrer encore plus à la lecture du work in process d'Ignacio G. de Liano.

Il n'a pas vu l'ennemi de près. Mais parlez-lui par la petite trompette, le travail au canon l'a laissé sourd.

Le social normalisé a la structure éclatée d'une guerre.

La radio me distrait parce que je deviens sourd, ou qu'elle est très basse.

Mon grand-père aurait participé à la résistance de l'Albaicin, pour ensuite se dissimuler dans son poste d'officier jusqu'au moment où, vraisemblablement, ça n'a plus tenu et il a été fusillé pour sabotage ?

C'est une hypothèse, maman, ton papa aurait été trouvé chez lui au moment de la prise du quartier et il aurait feint de venir d'arriver pour vérifier le bon état de sa maison. Après, pour son engagement dans la résistance ultérieure, notamment le réseau de la Tia del Abanico, tout serait légende. Mais il a bel et bien été fusillé avec ce réseau-là. Règlement de comptes ou mort héroïque ?

Je me console à penser que bientôt les hommes compréhensifs feront le trottoir au froid. Pour qui me prenez-vous ?

L'Espagne n'est pas une société, elle reste tragiquement une famille.

d'autres miettes (f)

(f)

L'hygiène sera toujours négligée pour l'Histoire. Le savon est substance du temps.

C'est en peignant que j'écrivis mes meilleurs tableaux.

Se laisser surprendre par sa vigueur, après s'être défoulé dans la langueur.

Jouir d'une insomnie "recherchée" est le privilège des amants et des poètes.

Elle ne se rend compte qu'à son âge elle ne peut qu'être poète.

Le jour où tu te verras en parfait stupide, tu viendras à moi, dit la déesse. Etait-ce Zoé ou Moïra ?

L'âne a beaucoup de patience, parce qu'il a de l'espoir.

La mère qui nous donne la vie nous transmet la mort.

Panique scénique avant de dormir.

La bêtise est une purgation de jeunesse pour tous les âges. Si ma bêtise ne me soulageait un peu, j'exploserais.

On veut redresser une lordose. Colonne de feu, c'est trop tard, si c'est de papier. Pour l'huile fraîche c'est une autre affaire.

Je porte mon cahier avec la même appréhension que si c'était un ordinateur portable, dans la rue, et mon ordinateur portable avec la même allégresse que si c'était un cahier.

d'autres miettes (e)

(e)

Quel drôle de poète qu'est François Villon, un Homère à l'oeil vif pour les vues fatiguées.

Comprendre les parfaits arguments de la bêtise dans les hurlements de l'âne, et lui faire porter de la chaux et du sable.

Voici que le Christ a été l'âne docile jusqu'à un point où il a passé la relève à un certain Joseph.

La partie divine du Christ était impatiente.

Merveille des Ecce Homo du Bosch, à sornettes.

Le sage décline l'expérience.

Parfois les images font collage parce qu'elles sont restées en surface en même temps, d'autres fois on cherche partout une femme nue ou une tête d'homme. Le collage est ainsi double, un double bind, tout comme la Réalité est un double bind, parce qu'elle est traumatique.

Il a fallu que je ressente un malaise pour qu'elle s'y intéresse, aurait dit Tristan d'Isolde. C'est la phrase de l'homme qui fuit sa réussite.

Même un escargot me gagne à la course de la vie.

Les laids avec les laides, c'était Platon ?

Et si, au retour de l'Histoire, le dieu unique se mettait à imiter à tour de rôle tous les autres ?

A 23 heures la pilule qui sauve, pas avant.

d'autres miettes (d)

(d)

A l'atelier je suis comme le curé de Bread and Water, qui "pourrait être là", quand il verse du lait dans son café.

Il en est de l'écriture du peintre comme de celle de l'alchimiste baroque, il vient rapporter l'expérience de l'atelier, de l'athanor.

La réalité est double, faite d'ombre et lumière. Est-ce que l'image peut rendre ça ?

La peinture périt héroïquement à éclaircir les ombres, la photographie, en négatif, assombrit la lumière, par le hasard et par l'art, ou par l'art du hasard.

Les sens nous trompent par la perception inconsciente.

Expulsé diplomatiquement de mon lycée en Espagne à une époque où j'arrivais ivre en classe, en 1987 (pour de meilleures conditions à Paris), je n'oserais accorder aucun enseignement qui ne prêche justement la désobéissance. C'est pour ça que je suis peintre, cela me rend muet, et les émissions de pensée sont entendues avec indulgence.

L'alcool nous sort d'une Nécessité, donc il nous libère, mais c'est pour nous interner dans une autre encore plus fatale.

L'alcool nous sort de l'école, nous accordant une certaine connaissance accomplie, mais c'est pour nous interner dans la maison de santé, du morbe de n'avoir rien à apprendre.

En lisant Système de la Mode, de Barthes, je m'endormis au son des mots inconnus, mais l'ennui est une condition dont on doit remercier les penseurs, et en être fier, et discret.

La beauté ennuyeuse est la plus délicieuse.

Pour revenir à la Madonna de la chaise, est-ce que la Vierge se faisait remarquer ?

Ce n'est pas la même chose que tu poses pour une Vierge ou pour une Sainte Thérèse. Pour une Céres ou pour une bacchante.

Les variantes phonétiques de l'indo-européen sont faites d'inhibitions du proche et de substitutions. Ainsi le nom du dieu se voit pris à la frontière.

Je pose pendant la nuit des objets sur la toile blanche pour que le tableau à venir soit comme un château habité de fantômes. Je dors à l'atelier pour fixer leur ombre au futur tableau. Mais je dois avouer que pour bien peindre, il faut chasser ces fantômes. Ainsi les traits sont un sacrement d'exorcisme, que d'ailleurs l'Eglise devrait accorder aux peintres et à tout père et mère de famille.

La nostalgie religieuse est un mal de tête contagieux.

Les devoirs symboliques de l'enfant lui sont parfois insupportables.

Me dépeindre en tant que le Christ me conduit à adresser des prières à mon image, avec le temps, ce qui est fort curieux.

Tout homme est son propre Messie.

On ne gagne pas au jeu de la Nécessité. Seule la Réalité est généreuse et nous laisse de l'avantage, et c'est alors qu'il faut en profiter.

Qui est en besoin n'est pas invité au repas de la Réalité. Il nous faut toucher du bois.

d'autres miettes (c)

(c)

Toute bibliothèque est la graine ou semence d'un (seul) livre. Elle se doit de noircir dans le temps et de produire une fermentation qui, à la longue, la transfigure, d'où l'on peut déduire que la totalité des bibliothèques du monde est prête à disparaître et faire une nouvelle apparition mutatis formis.

Quand j'écoute l'accent de la Panthère Rose, je suis un adulte qui se souvient du dedans de son enfance.

La Madonna de la chaise, bien accomplie, aux Pitti de Florence, et toute autre vierge emplie de beauté, comme les écrivaines adolescentes qui entourent tout bon mécène des avant-gardes de nos jours, offrent à de longues méditations le problème théologique contemporain de la beauté de Marie.

Elle s'appela Marie par sa beauté et Jeanne parce qu'elle venait toujours à nous.

Savoir traduire le latin, quel avantage de l'adolescent que je fus sur l'adulte que je suis. Penser en latin au fond de mon cerveau, maigre victoire de l'adulte que je suis et qui ne peut rien apprendre.

Suis-je un adulte dans les jeux d'esprit pour les yeux du vieillard (s'il y a des vieillards qui ne soient pas aveugles) ?

L'aveugle semble nous faire confiance.

L'aveugle semble nous guetter du fond de son obscurité. Dans nos rêves nous regardons la femme peu de minutes avant le chant des merles, telle une statue insomniaque aux yeux blancs.

Child in Time, musique sacrificielle où la guitare est épargnée de disparaître, comme l'homme est racheté par la Croix. D'où l'on peut aisément imaginer un orchestre de romains et juifs en train de jouer un concert dans le mont Calvaire, au pied du Christ mourant. On peut entendre la percussion qui martèle les clous aux mains, on peut ressentir l'inadéquation du divin torturé...

d'autres miettes (b)

(b)

Le mensonge est un principe de réalité. Celui qui ment se doit de mesurer son mensonge et arpenter le Possible. L'on pourrait décerner au mensonge d'être une pratique de genre, plutôt en rapport à l'univers féminin, comme dans le conte piquant où Blanche Neige, la jupe retroussée, s'assoit sur le visage de Pinocchio et le supplie : "encore un mensonge".

La physique quantique ne m'intéresse que peu. Et les fractals sont la chose la plus répétitive qui existe. Je m'intéresse à Aristote et aux catastrophes, au dantesque en physique.

Quel gaspillage n'ai-je fait des sages et des génies que j'ai rencontrés, me voulant depuis petit un esprit autodidacte.

On a dit avec justesse que les hommes qui pilotent de grosses bagnoles et klacsonent tout le monde ont de petits pénis. De même certaines femmes, en raison de l'impuissance de leur clitoris à faire jouir quiconque, voudraient se décupler par clonage.

mercredi 4 février 2009

Portrait d'Eve au fusain et pastel


Prochainement d'autres miettes (b) au bord de ma fenêtre, chers moineaux, merles de l'aube et pigeons sensibles. Pour les colombes gourmandes, des croutons sur m@nuscrits du site Léo Scheer.