mardi 2 février 2010

ciudad secreta




Las costumbres de la vieja aldea

donde pasé mi juventud, Granada,

me dan caza en la venación nocturna

de los desposorios entre Cleopatra y la víbora

de los cambios de lenguaje entre los dos mundos

del tono severo de los ángeles barbudos

que me esperan en el parisino purgatorio de no saber ser.


Las costumbres mejorables y fatídicas del reo

que se tragan las sombras de su propio interior

me dan caza en la venación nocturna.

...


Giramos solamente en torno a cuatro o cinco

usadas, confusas metáforas en el círculo

que describe la vejez y la infancia, el todo

de lo que habríamos podido aprender,

Barcelona nos mostró su mar y sus dientes.

.

Con el movimiento circular de nuestra intestinal persistencia

somos doctores y autoridad de nuestra mala memoria.

Para una insignificancia nos hemos hecho poetas,

o sea, para rematar la palpitante palabra que nos inquieta,

para repetir el tiro primero de una pólvora antigua,

para la púrpura de nuestro hijo saliendo al mundo en lágrimas animales.

La ciudad secreta nos sugiere su modo

su suspiro de sapo es regreso y manera.
.

Y yo, yo solo solamente presiento

el viento que arrastra en el cieno celeste las rubias metáforas

de una guerra entre los elementos que produce la grisalla

histórica en su simbólica batalla con un dios violento.

He visto fotografías de cientos de multitudes

y recuerdo uno a uno los gestos

y los insensatos poemas de Safo,

la maldición femenina me extravía,

la peste y la danza macabra son la gran imagen de estilo

y en el hilo de mi carrera se anuncia la esfera.

.

Espera ahora, Caronte, espera

que termine de desbaratar y mi ruina

llegue a conocerse bajo el suelo

en el pueblo de amazónicas hormigas que rezan por mí,

las archidemonesas hirvientes y sedientas

con las que mi risa brillará sin vestigio

en el invisible prodigio de mi ausencia.

Espera que eche a los perros la tierra

natal que no me bendijo

y a mi hijo le deje la conciencia blanca y los nervios de hierro.

A tiempo estoy de quemar en un beso

a Cristo mismo y a sus dioses adjuntos :

los apóstoles son sólo puntos

de mi negro designio y mi histriónico destierro,

sus nombres son la cáscara de la nave de los locos,

y a justo título, Caronte, se los lleva la risa.

Por toda conciencia en la silla

me espera una camisa,

misa anochecida del fondo del invierno,

este mes de febrero en que ya nada espero.

Barcelona, llegada de Caronte con crin de serpientes.

.

faerie queene pursuit



She came from far away

This night she was next to a rhum factory

a friend of her boy-friend was a musician

influenced by Russia

played his instrument as an inconscious

phalocrazycal nihilist superman

in the mood of another night

not the day of thick sun rays falling straight

he did not stand sad stories because he had visions

I mean the young painter

caressing her without permission

he was critizist with

some kind of artistic prophecy without alcohol nor sugar

he could drink in order to love better

this woman of his kind, this sweet puzzled being

so far away of reality

this night of sugar and being drunk

.

Telepathy was easy to get worked

but the surface of sardines

was salted and burnt

some sacrilege against chastity

kept away his usual not being able

licked words on her body out of foolish

blue sea of all colours of blue

even nocturnal and breathing full silence

.

Used, confused, polished metaphor

I inherited from songs and lessons

repeating cry of my spanish blood

and the way inconscious shakes hands

while fists scratch a disposition of letters

the concerto of some signs and whispers

why not to sing to tourists ?

.

this is the ballad of simplified life

speaking French all alone about

smoke between table and table

dimanche 31 janvier 2010

Sur les vers de Juliette


Sur les vers de Juliette

mails





Chère Juliette Bagouet,

La lettre qui suit est le produit d'une nuit. Je ne peux me reconnaître bien la lisant au grand jour. Elle me semble ridiculement baroque, trop sérieuse et semblable à une écholalie d'enfant autiste. Je vous assure qu'une bonne partie n'est que de la sonorité, n'ayant à la relecture aucune signification, même pour moi. Par exemple mon histoire du tropisme et du politique. Les paroles sont venues automatiquement et je reste attaché à leur énigme comme dans un rêve. Si je vous fais, donc, parvenir cette lettre, c'est parce que je pense y avoir parlé d'une manière ou d'une autre de vos poèmes.

Chère Juliette,

L'on récupère l'innocence en vous lisant. Si je peux devenir inspirateur je suis prêt à sentir la muse qui me dit "tais-toi, il ne t'est pas convenable d'être entendu", et à me livrer à la lecture avare, sans rien dire.

Mais je viens à l'insomnie ce soir pour aboutir, pour donner au texte ce qu'on appelait une fin en deus ex machina. Et tout comme en cartomancien je me servais des images qui tombaient sous mes yeux, je vais dire la bonne aventure poétique en relisant vos poèmes.

Un goût presque de l'Inde dans celui-là :

La bougie la bougie
Luciole de table immobile mais encore
Branlante
Participant de façon active
A la brouille de ma vue
A l’affutement des mots
Bougie rouge jaune incisive
Et brève quelque
Part

Un bon poème est comme un oracle dans lequel on peut lire l'avenir ou le secret du présent. D'où sa musique; son origine est le musée, le domaine des muses, le musée qu'on porte en soi. Le poème, tel celui-là, porte en soi les marques d'une destinée, l'imago. Vieillir ou être exécuté, des signes.

Des poèmes comme des tableaux. Connaissez-vous La phalène, de Balthus ? Je crois que le tableau s'appelle comme ça. Dans ce poème, l'on reçoit ce tableau en image de soi. Aussi, prendre pour prétexte une pièce de texte si belle autorise à parler à l'aise, à écrire en toute confiance.

J'ai beaucoup aimé vos poèmes. Je peux vous parler de mon rapport propre à la poésie. C'est une saignée qui m'affaiblit et qui, nonobstant, me dégage l'intérieur, d'habitude débordant. La dignité et l'équilibre je les retrouve dans le travail manuel de l'atelier, et je n'appellerais pas cela travail. Pour être juste, je parlerai de la peinture comme d'un loisir sérieux, d'un jeu qui rend service à l'humanité, comme le fait la sexualité, humblement, sans l'emprunt d'une quelconque dignité, se servant des organes de la pudeur et des substances qu'on marchande, rouge de Venise à la base. Sang de dragon, qu'on dilue dans la térébenthine, qu'on porte dans les poils d'un pinceau. Blanc de Titane qu'on prend dans la main, comme l'ours le miel.

Un de vos poèmes semble la recette d'un tournesol de trois couleurs, c'est celui qui parle de mes pantoufles, si vous permettez que je me reconnaisse dans ces chaussons d'esquimau. Je me projette en avant, je me remets à peindre. Je pense à votre portrait, qui peut encore supporter des repentirs en aller retour.

Deux petits chaussons d’esquimaux,
Foulant le sol et les oxydes
Deux chaussons de peau et de chaud
Aidant un sang
D’encre
Haut dans le ciel,
Les mouettes crient le rappel
De l’ordre nouveau
Du doux chaos des temps
Deux.

***

A l’heure où se noircit le ciel,
Venus en gris babille.
Elle.

Face au mystère de vos évocations de la planète Vénus, l'on redevient innocent, comme l'était l'humanité avant la venue du Christ. La bonne poésie est de transmission orale, avant d'être texte, tout comme le platonisme ésotérique. Et j'entends votre voix dans ces lettres alignées en écriture. Ecouter l'écriture, quand vous dites :

Haut dans le ciel,
Les mouettes crient le rappel
De l'ordre nouveau

Chaque vers peut se concevoir comme une annonce faite pour soi, puis suspendue sur le monde, comme l'étoile des bergers. L'on pressent le journal de bord d'une capitaine errante dans le tropisme parisien. Tropisme de la grande ville dans la technique d'écriture. Je pense que vous savez que le monde va se politiser comme avant, d'un moment à autre. Le tropisme est politique. Paris est cela, un tropisme qui nous redresse, qui nous adresse. Paris est notre corps.

Les mouettes crient le rappel

Et bien, c'est le langage des oiseaux, signature de l'heure. J'assume d'être inspirateur, je me fais simulacre, je me laisse observer, tel un canon grec qui apprend le dessin au charbon des débutants. Je n'ai plus de sens qu'un ensemble de mesures verticales, qu'une lumière oblique qui éclairerait les premières nuits en adulte de ceux qui m'observent avant de rentrer. Le créateur qui se cache dans le mannequin. Vous avez vu Blade Runner ? Libérez les colombes, semble dire sa fable, faites voler votre âme, par le philtre ou par la fièvre.

Encore des oracles, du langage annonciateur d'oiseau, quand vous écrivez :

La quarantaine qui se profile
La vie s'épaissit les cuisses

Le profil est une humaine invention, un artifice total auquel vous associez la mesure de durée d'une vie. Puis les cuisses font l'incubation du dieu, nous sommes dans un antre merveilleux dans lequel deux bouts de phrase dans l'eau nous lavent. Vous remarquerez que, déjà dans la nature de dieu, l'oiseau est toujours de profil, comme ce coup de poing au ventre que sont les 40 ans.

Je ne vois pas en quoi vous seriez une poétesse non consacrée, non reconnue, sauvage, compte tenu de la dignité de votre écriture.

Quant à la mimique qui marque la différence du poème par rapport au langage articulé, vous êtes bien préparée, ayant fait de nobles études.

Je ne peux que vous livrer des lyrismes. Voilà l'ornement du dieu qui descend porté par la machine, là ou l'oeuvre meurt. Vous donner la repartie de ces quelques vers, en toute intimité pour l'instant, c'est ce que je suis en train de faire. D'un jour à l'autre l'oeuvre est finie, tout comme la ruine arrive.

Le poète en oiseau sifflote comme le voyou.

Je sens que mes commentaires sont la voix en écho propre à la qualité de muse masculine que vous me rendez.

Il est en effet jouissif de vous écrire, merci.

Bien à vous,

Manuel



Chère Juliette,

Vous avez tous deux l'art de l'invention et celui de la composition. Je me sens proche des images que vous produisez avec votre écriture, mais je suis surtout étonné par l'élégance des mises en oeuvre sobres et parlantes, la façon dont sont composées les images. Certains poèmes brefs font penser à Sapho, après on en trouve d'autres, chantants, avec un avant-goût d'improvisation qui rend le jour le jour.

Donner mon avis par écrit ça me semble trop sérieux, maintenant que je m'y mets, à part ce que je viens de dire, qui est, je sais, peu de chose. Il y a plusieurs traditions ou registres qui s'offrent aujourd'hui au poète, et chacun a ses vices et ses défauts. Donc, de plus connaître et de découvrir davantage, nous permet de ne pas accorder une valeur totale à ce qu'on fait et de mieux endurer les revers de la vie de tout poète. On reste ainsi attaché à son oeuvre sentimentalement et non par vanité intellectuelle.

Cette remarque ne vient pas nier le fait qu'en plus de la musique des vers, l'on perçoit une joyeuse et ferme intelligence derrière ce que vous écrivez. Par moments elle semble souffrir de ses contradictions. Contradictions apparentes pour la surveillance de soi, mais qui sont, tout comme la solitude, une pure illusion, et la preuve c'est que vous avez écrit cela et que cela, au moment de le faire, vous a plu.

Comme quoi, la parole écrite sur écran est prête au malentendu, comme à l'adolescence l'était toute parole, qu'elle s'adresse aux parents ou aux muses. Je me perçois paternel et je voudrais être simplement fraternel, vivement de vous retrouver en personne pour rire et parler avec la voix vivante et non par la machine entremetteuse et enfantine.

Amicalement votre,

Manuel Montero


Bonsoir encore, Juliette,

La question de la science-fiction que nous nous étions tous deux posée, par l'intermède d'une même muse commune, notre amie Patience, m'amène à un point sur lequel je voulais vous entretenir. Je songe à votre poème suivant :


Notes parsemées d’étoiles et d’Astérix
Sur un rapport interstellaire
Le zorg se repend en songe dans les étoiles
Et sa femelle suit
Leur accouplement se fera à l’heure rouge
Et la lune tombera sur Ixi-


L'idée de l'oeuvre du poète comme un monde, fermé plus ou moins à clé. L'idée qui se fit très tôt dans ma jeune tête, à travers les cours d'Histoire au lycée, en ce qui concerne les textes anciens des débuts de l'écriture, que tout poème serait en premier lieu l'outil d'une vision totale du Monde, d'un questionnement de ses origines, d'une cosmogonie. Peut-être les lectures forcées mais consenties de la Bible y sont pour quelque chose.

La science-fiction, telle qu'elle nous est inspirée par Patience, a bien des versants et des issues poétiques, puisque elle est aussi artiste et une muse féconde. La cosmogonie en est un, mais un autre non négligeable est la féerie, le monde courtois et chevaleresque, dans le carnaval des planètes et les masques de ses extraterrestres.

Par ce qui nous a été montré, en exclusivité par rapport à la science-fiction banale de type policière qui baigne dans la paranoïa de l'homo normalis, ce qui nous a été montré par notre muse et amie, est l'amant venu du ciel, le regard lointain qui ne peut paraître que bizarre, l'union avec Dieu, peut-être, ou bien l'Amour tout court pour l'autre sexe et, chemin faisant, une ascèse du narcissisme qui est tout sauf complaisante, qui est un chemin de pénitence et de douleur. Nous partageons ce secret, cette clef qui peut ouvrir et fermer les poèmes.

Parce que la science fiction devenue poétique n'est plus l'objet d'un film, d'un montage structuré artificiellement, mais d'un rêve, d'une image qui ne s'épuise pas, puis qu'il ne nous est pas donné de la communiquer à autrui.

Tout était chez Bowie, me direz-vous. Son Ziggy Stardust est un peu un modèle formel pour nos approches de ce rêve partagé, entendu, rêvé à nouveau, raconté. Mais d'autres savoirs ont une place dans le poème couché par écrit, soit votre équation savante qui jette les ciments du poème à venir, par le nom en minuscule du temps et par la majuscule d'un monstre traditionnel :

Les temps
Dard-dard
Du drapeau
A la bannière de sang
Ciments des mondes
Léviathan !

Les topiques vont se dissoudre tout comme l'âge nous change, les lieux communs se feront rares, nous serons des gens, des solitudes, et aurons des points d'alunissage beaucoup plus reculés et nombreux que les multiplications ridicules du scientifique profanateur et de l'industriel.

Merci, si l'on peut dire, pour votre fraternité pyramidale,

Manuel Montero



Chère Juliette,

Pour en venir à la valeur de la métaphore, dans La marquise d'0, Kleist nous montre, à travers Rohmer, une bourgeoisie imprégnée de manières chevaleresques mais creuses. Dans la politesse et la convenance, les amants trouvent l'obstacle et l'équivoque. Nonobstant, le film est un chant au pouvoir d'effraction de la métaphore. Le rêve du cygne du lieutenant russe apparaît deux fois dans le film, comme l'annonce d'un viol et comme sa nostalgie rassurante ou son expiation.

Par dessus les phénomènes de mode, dont la science fiction, ou les nouveaux désirs collectifs vite repérés par l'industrie, nous avons besoin de rendre habitable le poème, de nous l'approprier. L'idiot le fait sans difficulté par son entêtement dans l'opinion. Mais cela est valable pour le roman, à peine pour le poète. Peut-être le jeune adolescent habite-t-il ses premiers vers par sa confiance totale. Mais qu'advient-t-il quand nous avons une passion adulte et forte qui nous habite et nous demande de créer un monde ? Dans ce cas il nous faut cacher dans le poème, sous clé, nos grands secrets. Je trouve exemplaire l'histoire de la Marquise d'0.

Le vécu finit un jour par nous fournir un monde onirique puissant qui est comme l'élément frappeur dans nos métaphores, le météorite d'opacité que nous lançons aux profanes, opérant le charme et, à nous écouter, tous sont d'abord profanes.

Ceci n'empêche que la plupart de ce que l'on écrit reste loin d'être poétique et que nous soyons trompés par la facilité de la mode, parfois même dans ses déclinaisons les plus communes et vulgaires. C'est que l'inspiration d'une muse forcée donne des résultats médiocres et, la plupart de fois, l'être humain est pris dans de violents mirages.


Bien à vous,

Manuel Montero



Chère Juliette,

Hier j'avais l'inspiration, je me sentais capable de vous répondre et aussi de développer une longue digression qui vienne contrer la vision négative qu'ont nos contemporains du "protocole", comme vous dites, de la "muse". Ce matin où je viens de vous parler confusément au téléphone, j'ai perdu toute impulsion, toute clarté. Je suis à la merci des flux et reflux de ma chimie à moi.

Grosso modo, j'envisageais la lecture du protocole poétique de la muse, subséquente au féminisme, comme un schéma où c'est l'homme qui parle et la femme qui pense et écoute, condamnée à une sorte d'anonymat. Combien d'artistes hommes n'ont pas bâti leur art sur le sacrifice de la femme qui était à leur côté ? C'est tout un lieu commun que l'artiste est un vampire gentil, qui puise toute sa force d'une femme qui serait une artiste potentielle, une femme qui est effacée, qui est substituée par l'objet artistique, tableau ou corpus poétique.

Vous me voyez, donc, réduit à une gesticulation matinale, la bouche pâteuse, tout à l'heure au téléphone et juste maintenant en vous livrant sans élégance et sans rythme les difficultés de mon approche.

En somme, j'avais voulu dire que pour parler poétiquement il faut que ça résonne, il faut quelqu'un qui écoute, et même quelqu'un qui nous accorde un ton, quelqu'un dont on imite la musique personnelle. Parce que la sublimation, l'opération où a lieu l'accomplissement de l'art, ne peut être complètement solitaire. Voyez sinon cette petite correspondance que je suis en train de ruiner ce matin avec une fuite, une fuite pas encore en avant mais en arrière, éludant mon compromis de parler positivement de la muse.

Je viens donc démontrer le contraire de ce que j'aurais pu développer hier, tout fort et tout capable que je me sentais de contourner et d'ouvrir le secret d'un jeu entre le masculin et le féminin dans l'écriture poétique. Je ne peux qu'illustrer l'indigence dont naît la soumission de la muse à son poète. C'est par la faiblesse du poète que la muse s'y consacre. Mais toute cette gesticulation est née de la défaillance de celui qui est tombé dans le piège du fantasme. J'ai commencé à lire d'autres poèmes de vous, et mon impulsion archaïque est de couvrir de ma voix leur musique, que je perçois avec inquiétude comme une dangereuse sirène d'un continent nouveau. En dernier ressort je me sentais poussé à dire "qui était la muse" entre des femmes inter-combattantes, dans le drame de la jalousie, dans une sorte de Jugement de Paris.

Donc affolé comme un berger qui viendrait d'être soumis à l'interrogation d'une triple déesse, le berger Paris par le hasard du qui a lieu le drame d'une guerre de Troie. Quand la muse dévient déesse, quand l'aimée devient mère, quand la fiancée devient bonne, c'est la guerre, c'est le monde masculin, et ce sont des choses dont j'aurais voulu ne pas vous parler, et que j'aurais eu la force de contourner et de dissoudre hier, mais pas ce matin.

Revenons à la réalité du peintre. Vous avez posé pour moi, ainsi que pour notre amie commune Patience Tison. Donc, si on suspend notre affaire de muses, vous avez l'expérience positive d'être modèle. Il ne vous est pas complètement étranger le côté réel d'une part de jouissance partagée entre l'individu artiste et sa modèle; chacun tire quelque chose, par l'entremise du tableau, on connaît le moment de bonheur dont on parlait jadis en disant "me voilà immortalisée par tel ou tel peintre", tout comme le tyran même voulait sa part de portrait et réclamait une parure pour paraître, la modèle peut être exigeante. Peintre et modèle sollicitent le tableau, tous deux veulent voir.

C'est peut-être la compétition entre deux savoirs féminins, dont le créateur peut se servir, Peinture et Poésie, l'une comme l'autre selon Horace mais aussi l'une ou l'autre dans ma tête, comme dans Le rêve de Lucien de Samosate, deux femmes archétypales qui sollicitent en même temps l'artiste, et dont on est forcé d'en exclure une. Par ma maladresse avec laquelle je ruine ce matin notre correspondance, implicitement, j'expédie et j'annule le jeu de séduction dans la parole que sont vos délicieux poèmes d'hier soir. Je renonce à leur beauté, je reste auprès de ma peinture. Ici sur le mur où j'écris, un des rares tableaux que j'ai oublié de signer et de dater et qui appartient à Eve : La veste rose. Ce tableau me rappelle un rapport heureux à ma muse.

Mon dernier souvenir de l'écriture est un peu que le poète, dans sa vie courante à l'égard des femmes, est comme entouré de personnifications. Appelons comme ça les muses, puisqu'à l'origine elles étaient ceci. La Comédie ou la Tragédie, la Peinture ou la Poésie, autant de femmes, autant de bergères montagnardes du Parnasse consacré au Soleil.

Vous savez ? Je tiens à vous comme amie, donc aussi comme modèle et comme muse. Donc, je ne vais pas fermer le cycle de notre correspondance avec cette lettre de malaise matinal. Dès que mon internet sera réparé je vous l'enverrai et j'attendrai un moment plus propice pour rendre justice aux poèmes que si gentiment vous m'avez fait parvenir. J'espère que plus tard je serai en condition de vous écrire une lettre qui revienne au ton des trois premières et qui puisse fermer dignement notre conversation sur la poésie. Il faut parfois attendre, se donner du temps, puisque visiblement j'ai touché chez moi, dans la chimie de ma tête, à une résistance, comme on dit en psychanalyse. C'est transitoire, c'est comme une migraine. Je traverse si l'on peut dire une période, une souffrance féminine. Plus tard je serai à nouveau Casanova, un séducteur, un poète, un honorable flatteur.

Bien à vous, de tout coeur,

Manuel Montero

*

Bonjour Juliette,

Une bonne question à se poser, prenant pour point de départ ou pour port d'arrivée le surréalisme, est si l'écriture automatique relève d'une inspiration. Parce que c'est partant du modèle onirique que nous pouvons situer chacun son approche. Soit on assimile l'inspiration à la sonorité aveugle sous-jacente à l'automatisme et l'on a, comme ça, une légitimité pour tous les extrêmes du baroque. Soit l'on considère que l'inspiration consiste dans le contraire de l'automatisme, c'est à dire une plénitude du langage dans ce qu'il a de communication, même avec l'entremise des ombres projetées. Ces ombres viennent dans le plein langage souligner le volume et les lignes de fuite; la différence avec langage courant étant la qualité d'image du poème et le mode de communiquer propre à l'image, mais dans le respect de la raison, que Breton voulait ardente, de celui qui écoute.

Dans le deuxième cas, la muse est là pour garantir le sens final du poème. Elle nous rend bavard, mais nous dit de nous taire à propos de ceci ou de cela, nous signale le début et la fin, nous accompagne. Elle nous autorise d'obscurité et nous permets quelques libertés, quelques soulagements propres à la mise en parole et à la musique.

Je viens de recevoir un courrier où vous me dites que vous êtes inquiète de mon silence. Il y a pas raison de se torturer, j'ai passé la nuit à écrire un commentaire de vos poèmes, mais j'ai attendu pour l'envoyer, et pour du bien, puisque c'était une rêverie sans queue ni tête, qui compliquait trop le dialogue qu'on a entamé. J'ai rédigé, donc, cet autre commentaire et, bien que je ne cite pas vos vers, je les avais bien en tête. Je pense qu'il est plus sobre et lucide comme réponse. Je le poste, vous encourageant à ne pas vous abandonner au malaise et à faire comme d'habitude, puisque vous écrivez des poèmes très exigeants et très imaginatifs, qui nous lavent de la froideur poétique qu'on voit souvent à l'oeuvre chez les prétentieux snobs. Vous n'avez rien à leur envier, vous doutes valent beaucoup plus que leur délire de supériorité.

Je vous embrasse et vous dis à bientôt, appelez-moi si vous avez besoin, j'ai à nouveau mon mobile.

Manuel Montero

mercredi 20 janvier 2010

Appel SOS aux ELS



Être pauvre est une honte seulement pour les petits bourgeois, ou ce qu'avant on appelait "la classe moyenne". Mes amis aristocrates ne m'ont jamais laissé tomber quand j'étais dans la misère. En revanche mes petits amis de gauche devenus fonctionnaires dans l'enseignement ou la culture m'ont fui comme la peste. Cette petitesse est pareille en France, et le monopole de la lecture et de la consommation de culture passe par la même loi. Seulement, quand le petit bourgeois se voit confronté à sa ruine, il se souvient de moi et commence à apprécier mon travail. Mais, dans la prospérité, adepte de la Terreur, il préfère se confronter aux poubelles dans les musées qui monopolisent l'exploitation culturelle de la misère. Mais ce n'est pas pour parler de cette nouvelle guillotine qu'est l'art contemporain que je suis venu.

Un de ces rares aristocrates espagnols qui écrivent encore, et comment! est le philosophe Ignacio Gomez de Liano. Toujours exigent avec soi-même jusque dans la poésie, il est l'auteur d'une oeuvre foisonnante dans toutes sortes de genres, telle sa transparente philosophie complètement inconnue du public français.

Les Français préfèrent de l'Espagne l'image d'un ordre baignant dans l'optimisme, celle d'une classe intellectuelle au service de la gauche. Une culture illustrative de la pensée correcte. Rien d'étonnant à ce que l'on épargne au lecteur français la lecture d'un homme trop complexe, d'un penseur artiste qui par révolte s'approche de la droite espagnole, d'un aristocrate véritable empreint d'un supposé anachronisme qui rebute.

Pas surprenant que du côté espagnol, ce soient les penseurs aristocrates qui défendent la liberté, face à une petite bourgeoisie qui prône la soumission, le défilé populiste, l'uniformité. La culture espagnole a formalisé toute une suite de lieux communs sur une supposée profondeur, d'apitoiements pieux et rédempteurs et, la seule chose pour laquelle je la remercie, c'est d'avoir sanctifié l'ivresse publique. Et pas de surprise pour Ignacio Gomez de Liano s'il est peu intéressant pour être traduit en français. La droite française n'a plus de repères aristocratiques, de liberté de pensée. Elle est une droite populiste et elle laisse au public le seul choix du docu-drame de gauche et des grenouilles de bénitier. La droite française sait qu'elle n'est pas à la hauteur de la culture petit bourgeoise. Ce qui est tomber bas.

Me voilà en train de lancer à droite un SOS pour la traduction d'Ignacio Gomez de Liano. A plus forte raison que les traductions de l'espagnol en français ont pour objet des journalistes et professeurs mystificateurs et populistes, petits bourgeois dans la tête comme Rivas, Vila-Matas et Munoz Molina. Avec des longueurs d'onde masculines. Ou bien des longueurs d'onde féminines d'écrivaines écrivant pour des femmes. Toutes choses que je me fous de rappeler ici.

Les exilés volontaires, intérieurs ou migrants, se voient attribuer les cornes du bouc diabolique et coupable. Même dans la conscience aiguë que j'ai du pauvre, sachant souhaitable toujours le vrai socialisme, je suis sur la longueur d'onde de l'androgyne aristocrate. Je pense à un beau grand crayon de Pierre Klossowski qui dresse le portrait d'un hermaphrodite, et au caractère sévère du personnage de sa femme. Je pense à Mario Praz s'insurgeant contre Benedetto Croce. Pensez à Baltruisaitis ou à Michel Tardieu, dont une bonne partie des études sont consacrés au plaisir de l'erreur. On voudrait que tous les signes s'inclinent vers la même direction, autour de nous, mais l'on se doit de faire l'expérience du contraire.

Je suis conforté par l'idée capricieuse. Elle est faite monument par les volumes d'Ignacio Gomez de Liano consacrés à renverser le fantasme du rapport à l'Orient. L'orientalisme se voit complètement détourné par la thèse d'une origine grecque et juive de la structure du mandala tibétain. Une structure astrologique à usage mnémotechnique serait parvenue du monde hellénique jusqu'en Asie à travers les migrations de sceptiques, gnostiques et manichéens. De gros volumes savants peuplés de merveilles. Et puis il y a le théâtre, le roman, et un passé de poète d'avant-garde ayant fréquenté les beatniks, les tous premiers hippies et le milieu de Dali. Son premier livre fut une traduction de textes latins de Giordano Bruno.

Reste encore un gros volume semblable à un Tractatus de Wittgenstein, mais plus chaleureux, rendu agréable par la conceptualisation de la Chair et par la sublimation artistique des nouveautés cognitives qui, depuis l'Amérique, gagnent du terrain en Europe. Un lourd livre que ni le public espagnol, ni le public français sauraient soulever, tel une épée attrapée dans la pierre d'un mythique avenir de la pensée qui n'a pas de roi. Iluminaciones filosoficas.

Par moments le parti-pris de son livre, auquel la culture française a tourné le dos, dans sa stricte philosophie me paraît réductionniste comme la logique de Quine, mais l'ammoniaque des vieilles traditions de libre pensée me ranime et j'y reconnais leur influence sur Ignacio Gomez de Liano. Il a su intégrer aux penseurs aristocrates une dernière pensée pour le monde. Un excentrique foisonnement de générosité. Dans un roman autobiographique qui se passe à Hong-Kong, il montre de fines connaissances de l'art de la guerre ou regrette la victoire du communisme au Vietnam, par exemple. Quelque chose qui relève d'une lucidité insupportable pour le monde de la culture.

En fait, ce que les politiciens de gauche français souhaitent le plus c'est que la droite gouverne, pour ne pas avoir affaire au peuple. Comme ça, ils sont des héros culturels. Telle droite, telle gauche.

Je les contemple dans le miroir magique, inversées. Le miroir magique de l'exil volontaire.

L'initiative de donner de la publicité à des conversions au catholicisme, dans un milieu d'avant-garde comme les Editions Léo Scheer, est une première provocation à la classe politique. Sera-t-elle suivie de la traduction d'Ignacio Gomez de Liano ?

Y aurait-il un éditeur en France qui ait la carrure suffisante pour faire traduire les livres d'Ignacio Gomez de Liano ?

mardi 19 janvier 2010

Shawarmaness II

vendredi 15 janvier 2010

Bhartrihari & Baudelaire (bilingue)


La poesía de Shiva en la India puede ser arbitrariamente puesta en paralelo con Baudelaire y con el decadentismo de D´Annunzio. En uno y otro parecemos descubrir un eco del renunciamiento de los ascetas, por la circunstancia de malditismo del uno, por la torre de marfil del otro. Si consideramos los dos ejemplos de shivaísmo literario que conocemos, el vagabundo Bhartrihari nos puede parecer una anticipación de la errancia estética de Las flores del Mal, y el clasicismo precioso de Kalidasa, eso sí con un poco más de dificultad, nos puede hacer pensar en el esteticismo pronunciado de Gabriele d´Annunzio. Pero si estamos dotados de una imaginación aficionada a las proezas de la interpretación, el punto más seductor es lo que los poetas indios nos cuentan de Shiva, reforzado por el hecho de que no es imposible pensar la influencia que las tempranas traducciones de ambos poetas indios hubiera podido ejercer sobre ambos poetas europeos. ¿Albergaron D´Annunzio y Baudelaire el rescoldo de alguna experiencia shivaíta de contemplación y de metafísica de lo cíclico y de todo lo que comporta el culto de Shiva? ¿Es acaso otro italiano, Giorgio de Chirico, en su pintura "metafísica" alguien influenciado por el creciente interés por el esoterismo de la India en el momento de su educación sentimental? ¿No tendría así más sentido el sarcasmo con el que se desvincularía a continuación del surrealismo y especialmente del movimiento surrealista en lo que toca al materialismo dialéctico marxista (André Bretón, etc.)? Nos sale al paso la cuestión interesante de oponer el vocablo, tan propio a los intelectuales de su época, de "compromiso", al vocablo bajo el que se reúnen los poemas shivaítas de Bhartrihari, que es "renunciamiento".

La poésie de Shiva en Inde peut être arbitrairement mise en parallèle avec Baudelaire et le décadentisme de D'Annunzio. Dans l'un et dans l'autre nous semblons trouver un écho du renoncement des ascètes, par la circonstance du mauditisme de l'un, par la tour d'ivoire de l'autre. Si l'on considère les deux exemples de shivaïsme littéraire que nous connaissons, le vagabond Bhartrihari peut nous sembler une anticipation de l'errance esthétique des Fleurs du Mal, et le classicisme précieux de Kalidasa, bien-sûr avec un peu plus de difficulté, peut nous faire penser à l'esthéticisme prononcé de Gabriele d'Annunzio. Mais si nous sommes doués d'une imagination chérissant les prouesses de l'interprétation, le point le plus séducteur est ce que les poètes indiens nous racontent de Shiva, renforcé par le fait qu'il n'est pas impossible de penser l'influence sur les deux poètes européens. Ont-ils abrité D'Annunzio et Baudelaire la braise d'une quelconque expérience shivaïte de contemplation et de métaphysique du cyclique et de tout ce que comporte le culte de Shiva ? Est alors un autre italien, Giorgio de Chirico, dans sa peinture "métaphysique" quelqu'un d'influencé par le croissant intérêt général à propos de l'ésoterisme de l'Inde au moment de son éducation sentimentale ? N'aurait ainsi plus de sens le sarcasme avec lequel il s'éloigna ensuite du surréalisme et en spécial du mouvement surréaliste dans ce qui touche au matérialisme dialectique marxiste (André Breton, etc.) ? Ainsi vient nous rencontrer l'intéressante question d'opposer le mot, si propre aux intellectuels de l'époque de De Chirico, du "engagement", au mot sous lequel se réunissent les poèmes shivaïtes de Bhartrihari, qui est le "renoncement".

Les agradezco que hayan seguido leyendo hasta aquí. Confieso que tengo una preferencia por las ideas impensables, que producen una suerte de imagen mental nueva y, por lo intensa, placentera, pero que puede no ser compartida, ya que para el sentido común aparece como una excrecencia a depurar. Hay en la experiencia mística del extranjero, como en la del maldito o el decadente, para el hombre medio, un mal olor intelectual, un atisbo de repugnancia que le hacen descartar todo valor en su discurso. Mi propósito es no quedarme en la ensoñación de una idea crítica cogida por los pelos, y profundizar en mi lectura desde esa primera intuición superficial, que pudiera responder a una realidad profunda, pero que no me encuentro preparado para demostrar. Por otro lado, ¿ por qué debiera ser mía esta idea, y ser yo la persona destinada a demostrarla ? ¿ No he hecho suficiente con asociar algunas ideas en un momento de inspiración ?

Je vous remercie de me lire jusqu'ici. J'avoue que j'ai une préférence pour les idées impensables, qui produisent une sorte d'image mental nouvelle, et, de par son intensité, plaisante, mais qui peut ne pas être partagée, puisque pour le sens commun elle apparaît comme une excroissance à expurger. Il y a dans l'expérience mystique de l'étranger, comme dans celle du maudit ou du décadent, pour l'homme moyen, une mauvaise odeur intellectuelle, un perçu de répugnance qui le font laisser tomber toute appréciation dans leur discours. Mon propos est de ne pas rester dans l'enivrement d'une idée critique prise par les cheveux, et approfondir dans mes lectures depuis cette première intuition de surface, qui pourrait répondre à une réalité profonde, mais que je ne suis pas prêt pour démontrer. D'un autre côté, pourquoi devrait être mienne cette idée, et en être moi la personne destinée à la démontrer ? N'ai-je pas fait assez en associant deux idées dans un moment d'inspiration ?

Un certain piétisme dans la malédiction pesant sur Baudelaire le met en rapport avec la religion chrétienne. Chez moi l'expérience du yoga m'a tourné sérieusement sur ma propre enfance religieuse. L'envolée vers la manie de l'esthétique en est la conséquence, cette fois-ci dans la poésie, mais aussi dans l'anachronisme du style en peinture.

Un cierto pietismo en la maldición que pesó sobre Baudelaire lo pone en relación con la religion cristiana. En mi caso la experiencia del yoga me ha vuelto seriamente hacia mi propia infancia religiosa. El vuelo hacia la manía de la estética es su consecuencia, esta vez en la poesía, pero también en el anacronismo de estilo en pintura.

samedi 9 janvier 2010

Gorgone romantique, 2004.