mercredi 19 mai 2010

planche *** d'Eve

*

planche 882

*

(préambule)

les biographes nous font savoir des choses

que Diogène et sa femme et disciple

jeune et précocement érudite et féminine

s’accouplaient sur les marches de l’agora

ce n’est pas l’orgie communiste

ou Fourier

c’est un maître monogame

qui a affranchi son esclave pour ne pas partager

ses aumônes

c’est la liberté

*

Fourier a été une prompte lecture

d’Eve Livet, et l’on a parlé

les premiers jours de notre vie en commun

*

sur la planche contact avec des chiffres au feutre rouge

l’intimité d’Eve et d’un jeune intellectuel marocain

surtout lui torse nu une seule fois

en fin de rouleau et à l’extérieur

sur une plage semblablement

geste banale de protection

d’autres extérieurs sur marine portuaire

ce sont ses poses les plus étudiées

*

il n’y aura que des volcans

et le magma fera oublier

aux voyeurs et à la vapeur

les pingres voyages de nos armures

semble pressentir se portant la tête

aux mains qui devront parler

le jeune grisâtre qui écrit

orgueilleux profil nonobstant dans la concentration

deux bougies de cire rouge sont posées

dans la noirceur politique de la nuit

sur les verges argentées et hautes

des chandeliers

*

Le jour suivant il porte un bonnet marocain

et la définitive chemise blanche

l’espace semble un palace

chez lui murs blancs et un matelas

ou chez elle ou à l’hôtel

tu me diras demain si tu le lis

magistrale 25A 26

perspective à longs rideaux blancs

l’amant perdu au centre du regard

tel un monarque dont on ignore

le prénom et la fureur

encadré par l’air cubique

et un fond neutre et plus lunaire qu’un écran

un mur blanc

le gris lumineux et comme de porcelaine

ou encore le visage d’un fantôme

derrière sa chaise centrale

qui était pivotale dans l’instant du cadrage

comme un amant

comme un roi

comme un philosophe scélérat

qui a su te prendre avant en photo

dans le sourire de l’artiste

dans la proximité de la faiseuse d’images

dans celle de qui est elle-même image privée

qui se partage avec peu

ou qu’on donne généreusement au peuple

au nom du progrès

la beauté qui vient de naître dans les yeux

les bras détendus, offerts et réflexifs

il t’a fait des beaux portraits

ce jour-ci

*

la jalousie du montage

qui me fait dire lundi, dimanche, samedi

vient d’une photo finale de toi

trois portraits de toi en fin de rouleau

et d’un premier positif

comme un jeune nu qu’on rencontre

viril et offert, sachant, sachant

*

(après l'interlude)

*

En fait cet écrivain était bon acteur

les jeux du regard et les mains

du peuple et du magicien

tasse de Limoges pour le thé

danse devant un grand miroir

il vous montre un papier pour témoigner

de vos oublis

il signale

il dirige l'orchestre du cyprès

ébahi, furtif, à la fenêtre

il vous abandonne sa chambre

seule nature morte du rouleau

*

(après la planche)

*

L'ironie de l'aube me fatigue déjà

par sa musique des airs

et je range la planche contact et les négatifs

je retourne le dossier

au feutre fin est écrit un prénom

et l'année 1994 à Genève

rien ne manque pour surprendre et affaiblir

dans la loi des voyages aller-retour

comme les 1001 nuits les prouesses

de l'obscurité sont avant tout des chiffres

et des pays au dessus des nuages

*

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Haha great



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