samedi 9 juillet 2011

TARANTELLA DEL GARGANO



Grazie tante, E.I.P

Sur Dante V (Vénus)




Ou bien cet envol au Ciel de Vénus… Il semble que Dante n'a pas grand chose à dire sur l'amour, vraiment. Il remarque, qu'en entrant, Béatrice semble "un peu plus belle". Ah, oui ? C'est tout ? Franchement, on peut dire que le Paradis coupe les ailes. Bof, qu'on enlève les ailes à la mouche, ou qu'on les enlève au papillon, le résultat est le même. Sauf que Dante est bien plus cette mouche dont l'envol jusqu'à Dieu caractérise les religions orthodoxes. La puanteur des queues petites malpropres. Il est magnifique, dis-donc, côté connerie, Dante. Lisez les subtilités qui l'occupent en plein atterrissage sur Vénus. Si les fils ressemblent aux parents, vieille dispute légale dans l'administration des malédictions et des vendettas, dont même Jésus reprend la discussion. Mais bon, c'est pas le meilleur de l'Italie, et encore moins de Vénus… Le Pape ferait bien de canoniser Dante, puisqu'il est avéré avoir un libidogramme plat. La façon dont il lâche ses vers… je sais pas, j'aurais besoin qu'on me fasse un massage ou une fellation synchronique pour les trouver poétiques. Sinon, je m'emballe quand-même et j'ai peur que mon écriture tout à fait fébrile et inconsistante soit un exercice du même ordre que la fébrile et inconsistante critique "oedipique" par laquelle Onfray, le comble du non-lieu intellectuel français, prétend "démystifier" Freud. La seule explication que j'arrive à me donner est que tout grand classique littéraire, par sa multiple fréquentation, dévient "collant" pour la pensée ou en tout cas déchaîne des propriétés "collantes" dans les pensées disposées par la fièvre. Et qui n'a pas traversé la fièvre, surtout en France ? Je songe au Livre Hébreu d'Enoch, aux différentes révélations barbélo-gnostiques et valentiniennes de Nag Hammadi, et même en étant des créations pour ainsi dire embryonnaires, non littéraires, avec un je ne sais quoi d'amateurisme, je les préfère à Dante. On a de la marge pour jouir de ce qu'on lit. La question qui se pose est la nécessité de magie pour accéder à une certaine beauté, voire légèreté. Dante est tellement étroit, tellement lourd…

Voyons un petit poète tel Salomon Ibn Gabirol, qui dans son Kether-Malkhout (une petite Divine Comédie juive), parle plus juste à propos de Vénus, sans sortir de la solennité requise pour ce genre de voyage.

Tôt le matin, à fumer à la fenêtre, j'aperçois d'autres voisins qu'en font de même aux fenêtres du bâtiment d'en face. La réalité qui ressemble progressivement à l'asile. Et je me dis qui si j'avais une autre chance de lire le même passage de Dante je pourrai dire toute une autre chose que ce que je viens de dire. Une aversion acquise envers Dante me fait penser que la seule vertu de la Comédie est son argument même, qui amène forcément à écrire "grand". Tout ce qu'on écrit sur le Ciel est fatalement profond, quoi qu'on dise. Un fanatique islamiste à l'époque des massacres en Algérie avait dit, par exemple, "la vérité est une plante, et elle pousse au Paradis", pour justifier le suicide en exercice du terrorisme. Et bien, dans l'état neurasthénique où je me trouvais à l'époque, en lisant cela dans le journal, cette pensée me parût dramatiquement profonde, de par sa puérile violence, de par sa minutie et son précieux pour le mensonge, de par l'innocence paradoxale du mensonge. Tout ça est inhérent au Paradis. Lire le Tetrabiblos de Ptolomée en écoutant Edgar Varèse, c'était aussi dantesque et il faudrait envisager comme-ça une approche de Dante. Tout ce qui est bizarre et surfait dévient naturel si l'on s'applique au Ciel. Sinon l'aversion acquise dont je parle est motivée non pas par un réel dégoût, si n'est celui de la religion, qui n'est qu'un dégout épidermique et politique, sans aucune valeur pour le grand art, mais par la sympathie qui a m'a suscité un petit essai de Gombrowicz et une réflexion d'Italo Calvino. Ce dernier faisait voir que Guido Cavalcanti, contemporain de Dante, est beaucoup moins lourd…

(ça continue encore, ma psychanaliste insiste sur ce que ça peut devenir un livre... donc cliquez)


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mardi 5 juillet 2011

LA PAGODE (première demeure de Singet et Porcelet)



Liu Chiu n’était peut-être qu’un tigre ou un sorcier déguisé en bonze accueillant. Et sa pagode le mirage du territoire de chasse du tigre et ses femelles. Singet le prenait pour tel, à son arrivée, et ne descendait des branches les plus élevées des grenadiers qui poussaient là comme des arbres millénaires, et cosmiques. Porcelet voyait dans les grenadiers autour de la pagode des gentils grooms auxquels confier son âne. Il demanda à une femelle si elle aimait la peinture de dimanche, et la tigresse se raconta princesse, et bien au dessus des servitudes de la semaine pour bien pouvoir s’entretenir de peinture, elle qui entre les bambous avait bavé le cinabre du sang d’un antilope sur un papier de riz, et, enduite de noir de vigne, avait planté sa patte sophistiquée sur plus d’un poème.
Ni Singet ni Porcelet avaient le penchant fantastique des panthères roses, et ils prirent chacun leur portion de réalité pour chose faite et prose de leurs jours.
Joueuses, les panthères firent faire mille tours à l’un et à l’autre, s’exhiber, l’un en peintre noble et chevaleresque, l’autre en prophète rustique et tribun de la plèbe portant la toge aux rivets de pourpre. Il y avait de quoi boire et fumer dans la pagode inexistante. Mystères de la nuit qui se succédaient pour Singet et Porcelet dans leurs rêves, la figue, et la tasse de thé, symboles à deux portes, leur présentaient les oracles du monde féminin, l’une et du monde masculin, l’autre.
Bien sûr, ce fut Porcelet le premier à éprouver les mystères de la figue, l’un, nostalgique, celui de la douceur de sa femme délaissée, l’autre, geste ostentatoire des éternelles jeunettes qui vous renvoient un non câlin et qui vous rendent dingue.
Singet ne s’était même pas rendu compte de la présence de bien réels guenons féconds dans les arbres, qui l’auraient autrement poussé à bien perdre tout son temps. Au fond il n’était pas fait pour ça. Il fût pris de sa naturelle curiosité de singe par la porcelaine des tasses et par la stricte observance du manuel de Tanizaki dans les urinoirs de la pagode, tout pure intoxication du charme de Liu Chiu et de la boisson et la pipe. Il ne perça pas les mystères mais tourna tout autour, plein d’expressions littéraires de sa personnalité et de japonisantes révérences autour de chaque objet. La nuit où il vit entre les bambous une tigresse pisser il en fit un tableau, dont il répétait très fier qu’il venait d’exécuter une pièce "très osée".
Singet et Porcelet, après féline observation, parurent un gibier peu appétissant au tigre et aux plus jeunes tigresses, et Mori Lu, une sorcière taoïste de grande dévotion dans les contrées, qui savait réaliser des mirages analogues aux Fata Morgana dont on voit des images dans le volume de Baltrusaitis, décida du sort des deux invités. Ils allaient recevoir une bonne instruction, ils allaient pousser au maximum leurs potentialités, et ils allaient comme ça finir par comprendre l’horreur de la dévoration et l’erreur de leurs dévotions. La suite attendue était qu’ils quittent le territoire. Les panthères roses qu’ils avaient formés de volutes de fumée seraient très utiles au charme de la chasse et resteraient pour appât de meilleurs gibiers.
Si longue fut leur saison dans la maison du bois que Singette et Gruette vinrent les rejoindre, inquiètes de ne plus les voir vivants. Et l’enthousiasme des deux drogués était si séduisant que leurs compagnes prirent aussi pour pagode la boucherie. Mais chacune avait un plan, l’une voulait acheter la pagode et faire un hôtel, l’autre voulait ôter tous les symboles de pouvoir et la livrer aux paysans pour des kermesses.
Les paysans, en revanche, qui soufraient sourdement déjà les régulières déprédations du sorcier et ses femelles, trouvèrent dans la présence d’étrangers l’excuse pour mettre le feu au bois, puisque ça pouvait être pardonné par les fonctionnaires qui les contrôlaient. Ils prirent de la dynamite, du napalm, enfin, tout ce que la tradition de Confuce prescrivait pour ces cas de figure, et ce fut un miracle que les panthères roses, les deux cavaliers, Mori Lu, le sorcier, quelques tigrons, Singette et Gruette puissent sortir vivants de ce four crématoire et de cette savante toile d’araignée que les flammes sculptés par le vent faisaient palpiter comme une mourante affolée.

vendredi 1 juillet 2011

Concile de génies chez les communistes

photos prises par Eve Livet à la galerie Art & Societé PCF xxe
(Patience Tison et M.M. sur l'image)






mardi 28 juin 2011

Sur Dante IV


(avant tout, vous pouvez cliquer ici pour reprendre l'essai depuis son début)


Dante a bien pu sortir de l'Enfer, mais il est inconcevable d'échapper du Paradis. Il n'est plus possible de revoir Florence, la vie, les préoccupations et responsabilités qui nous rendent humains.

Que ce soit l'Enfer de Dante la partie la plus lue de la Comédie parle assez de deux qualités, celle de la plupart des lecteurs, et celle du reste de l'ouvrage. Le lecteur veut d'habitude trouver de la cohérence, du connu, du "morbide moralisant", or il n'y a que l'Enfer qui offre des apparences d'oeuvre proprement littéraire. Pour le reste de l'ouvrage, il reste illisible pour celui qui cherche du littéraire supportable. On supporte mieux le saugrenu à grandes doses de l'Enfer, qui renvoie à un serein voyeurisme, sans engagement, et sans vertige, tout comme le roman policier ou la littérature de Céline, qui permet de goûter la pilosité d'un antisémite à titre de délicatesse. En revanche, la sidération, la petite mort du Paradis, sa déstructuration fondamentale, sa poussé de psychose rend aveugle le lecteur, on sait pas de quoi ça parle, c'est un malaise dont on ne peut même pas faire état, inavouable, à éviter. La froideur de Dante, l'impossible écriture du Paradis s'étalent dans des effusions réitérées de lumière, de vide, entre l'homme et la femme. Une violence totale est implicite dans chaque sollicitation de Béatrice, donnant à sa parole une qualité presque hallucinatoire. On lit mieux l'Enfer parce qu'il n'y a pas la Femme. Des rares femmes en Enfer on peut dire que ce sont juste des putes pour l'imaginaire commun, puisqu'elles souffrent cette sorte de prison métaphysique d'être anecdotiques. Mais Béatrice frise l'insupportable, et c'est assez parlant qu'elle fasse à Dante fixer sans blessure son regard sur le Soleil. Les connaissances du Paradis sont épinglées dans la précarité d'un poème qui ne fait pas corps, comme une mayonnaise qui ne prendrait pas. C'est au Paradis et non à l'Enfer qu'on envisage le pire de la mort. L'Enfer étant punition il est en quelque sorte protection, il rassure, il protège comme une prison. Mais l'ouverture du Paradis suppose l'incertitude absolue de la mort, le doute infini, le manque, l'angoisse presque minérale de la nuit chimique. Certains disent que la folie des asiles est un passage en Enfer, moi je crois au contraire que son inhumanité est donnée plutôt par sa totale innocence, par sa progressive et fatale déculpabilisation. On peut dire que la Femme, Béatrice ou Marie, est un être automatique, meurtrier, machinique, qui en dernier ressort n'existe pas, qui n'arrive même pas au seuil de l'écriture.

Si l'on considère le cours de l'Histoire, et qu'on n'a pas d'a priori étroit sous couverture intellectuelle, l'on se doit d'admettre que toutes les possibilités psychiques tiennent, tant bien que mal, une place plus ou moins manifeste dans le christianisme. La variété psychique pose dans tout système social, dans toute structure, une certaine dialectique forcément tendue et non dépourvue de violence. Les antagonismes entre factions de la société et tendances et ordres au sein de l'Eglise étaient bien plus problématiques et entraînaient bien plus de risques individuels que l'image qu'on se fait d'un Moyen Age dont la théocratie serait un fait accompli et homogène. Pensons au choix des franciscains et leurs voeux de pauvreté, qui ne s'expliquent pas par un simple raisonnement, mais qui impliquent une position psychique de renonçant très complexe et très proche de ce qui peut être la marginalité des "jeunes" dans nos sociétés de consommation. Mais l'on se représente le présent, par une certaine économie de la pensée et une étanchéité du discours, comme n'ayant d'autre lien avec le passé que celui qui relève du discours professoral et en dernier ressort purement théorique. C'est ainsi qu'à nos yeux accoutumés à une certaine illusion de progrès et de modernité, l'époque de Dante pourrait nous sembler dépassée et parsemée d'erreurs et d'ignorance. L'on ne se rend pas compte que la différence est purement superficielle. Si l'on arrive à comprendre le contraire l'on est traversé d'un vertige qui risque de nous mettre très mal à l'aise.

Dans un même parallèle, et dans une même expérience de simultanéité, la construction dantesque et scolastique d'une "vie future" s'avère totalement actuelle dans l'angoisse contemporaine, exprimée souvent de façon à ce qu'elle ne soit pas reconnaissable. Le traité du Purgatoire de Catherine de Gênes est aussi une lecture intéressante de ce point de vue. Pensons qu'elle est proposée en édition de poche aux malades terminaux, comme un élément pour la construction de leur imaginaire de la mort, tandis qu'elle demeure complètement étrangère aux soucis de ceux qui ne font pas le passage de l'hospitalisation pour maladie grave et qui ne sont pas catholiques pratiquants. Les préoccupations de Catherine de Gênes peuvent sembler ridicules et pour ainsi dire folkloriques à celui qui ne se place pas dans l'angoisse extrême de la maladie. Et nonobstant elles passent d'être absurdes à avoir un sens, qu'il soit faux ou vrai, discutable ou pas, à l'approche de la mort. Il en va ainsi, in fine, pour la Divine Comédie si l'on ne considère plus sa lecture obligé en tant que littérature canonique, mais son contenu.

Revenons au modèle général des premiers franciscains. Je trouve frappant le choix de la mendicité. En tant que geste, elle renverse complètement l'image de soi. S'est-on posé de nos jours la possibilité, théorique et vitale, d'une considération telle de la mendicité ? A-t-on considéré autrement que comme un fait qu'on se représente inlassablement comme accidentel, fruit d'un défaut du système que la politique se doit "progressivement" de corriger une fois pour toutes, la mendicité de certaines couches sociales et même de certaines ethnies tel les gitans ? Ne pourrait-on se poser la question de la condition du mendiant au sein d'une diversité psychique inévitable et que la société doit être en condition d'intégrer à son imaginaire ?

Comment peut donc se sentir celui qui tend la main pour vivre s'il est convaincu qu'il n'est pas censé exister ?

N'est-il pas parlant que je tombe dans l'aveu du fait d'évoquer la pauvreté, soit l'abjection sociale ? N'est-il pas parlant que la possibilité du dantesque m'amène à moi-même, tout comme l'eschatologie chrétienne fait écrire Dante à la première personne et introduire toute sa subjectivité dans un poème majeur qui est l'illustration du comble de la croyance collective de tout un pan de l'Histoire ?

De toute évidence, la Comédie est amputée de tout lien avec l'Evangile, et en même temps le récit de Dante nous pose l'absence de sa mère. De même que l'on ne fréquente vraiment pas la croyance, étant donné qu'il est signe de folie de se voir au Paradis et d'en parler, l'on ne fréquente pas non plus, ni dans le discours courant ni dans une oeuvre telle que la Comédie, la vérité sur soi. Si les chansons gitanes évoquent fréquemment l'amour pour la mère et en établissent un lien avec l'agonie de la mort, l'écriture de Dante semble ignorer cela, il n'utilise que ce qu'il considère propre à la poésie, et la poésie élevée se doit d'une certaine dépersonnalisation. Or l'expérience de l'agonie, pleine de passages qui pourraient s'identifier avec l'écriture de Dante, ne peut que soulever l'écran qui couvre dans toute conscience les souvenirs profonds, dont la mère, au risque de la voiler définitivement. Dante s'est visiblement réservé ce passage pour sa "vraie" mort.

(il existe une cinquième partie du texte consacrée à Vénus si vous cliquez ici)

samedi 11 juin 2011

Rapport d'activité



«Jeune fille au pupitre », 2011, huile sur toile, 175 x 120 cm


A la galerie Art et Société, le peintre espagnol Manuel Montero propose une série de peintures à l'huile, de dessins, d'encres de chine et de collages rassemblés sous le titre : « Rapport d'activité ». Clin d'oeil ironique derrière lequel on retrouve le thème majeur de son oeuvre : la femme. Parmi ces peintures, la « Jeune fille au pupitre » qui est l'une de ses oeuvres récentes de grand format, a la particularité d'être une revisitation de l'un de ses rares portraits d'enfants. Il la présente de façon spécifique puisque, dans ce tableau, cristallisent une admiration pour Balthus et l'angoisse d'une certaine obsession de la physionomie dans le détail - profil, nez, oreille. La toile exposée sans cadre et sans châssis répond à la volonté de l'artiste « d'être plus près du mur et, surtout, au désir d'une surface qui n'est pas en tension totale mais parcourue par la paresse, qui n'est pas en train d'être travaillée mais se laisse occuper par les traits du pinceau. »

Dans ses dessins, exposés en 2010 au parador d'Alcala de Henares, la démarche de Manuel Montero se veut celle d'un peintre quichottesque qui vit ce qui le traverse du réel par le truchement de dessins dans lesquels il note ses idées, ses tentations, l'intensité de ses doutes. La féminité y est ébauchée en tant qu'aventure : « Je dresse le portrait de la féminité soit à travers le fantastique, soit à travers les rencontres dues au hasard, rencontres qui, de toute manière, nous font porter le masque du fantastique. Prenons, par exemple, l'autoportrait en taureau avec la magicienne : le personnage doit se métamorphoser en taureau sinon il n'est plus lui-même. Dans cette petite oeuvre, j'ai la force du taureau, mais c'est une force condamnée à se perdre dans le sacrifice de l'art, de l'oeuvre d'art (j'avais bu du Redbull ce qui signifie taureau rouge.) C'est cela la métamorphose, un besoin de sublimation du désir sauvage qui sous-tend l'amour courtois, dans la mise en oeuvre de l'art."

L'artiste est arrivé plus tard au collage. Son oeuvre, complètement parisienne, est le résultat d'une réflexion née lorsque l'écriture de ses romans d'autofiction se terminait. « S'est posée, alors, la question du blanc et noir, d'aller au milieu du blanc et noir par la grisaille industrielle de la photographie pour me diversifier de l'encre chine. » Ses collages, proches du dadaïsme, reprennent une question ébauchée dans l'oeuvre de Picabia : le moment où la tristesse arrive à Dada.
« Cette expression du non peint, des images juxtaposées avec la bave de la colle qui relève de la sécrétion, de la muqueuse, représente quelque chose de très atavique, au fond, malgré que la photo soit un phénomène récent. Coller des fragments de photographies m'a ramené à une pratique d'artiste-artisan puisque je ne faisais pas, là, une démonstration de sagesse mais plutôt d'effacement me permettant de faire un écart par rapport à ma facilité pour le dessin. »

Manuel Montero est né le 4 septembre 1970 à Grenade en Espagne. Après son diplôme à la faculté des Beaux-Arts et la naissance de son fils, il s’installe brièvement à Barcelone puis choisit Paris où il vit et travaille actuellement. Son œuvre picturale a été exposée en Espagne, au Maroc, aux Etats-Unis et à Paris. Il est l'auteur de deux cycles de romans :
El proletariado en apuros, 1, 2, 3 et Desde el hôtel 1, 2 ,3, publiés chez Meligrana éditions, de Maquinaria del cuerpo klossowskiano, essai, (Université de Grenade, 2001), Vampirismo estructural, roman, illustré de 24 photographies et dessins (Université de Grenade, 2003), de différents poèmes dramatiques ainsi que de contes pour la presse. Il a publié en 2009 et 2010 deux récits critiques in La Revue Littéraire n°38 et n°44 éd. Leo Scheer, Paris.

Adresse : Galerie Art et Société, 19 rue du Pont Louis-Philippe Paris 75004, M° Saint-Paul.
Horaires : tous les jours de 11h à 20 h. Nocturne jusqu'à 23h le 21 juin 2011.

mardi 7 juin 2011

Sur Dante (III)


(cliquer ici pour lire la première partie et la deuxième partie de la rédaction - Sur Dante)

Hier soir, sur mon lit de la clinique, ne pouvant dormir, j'ai voulu, après que la lecture du Lost Paradise de Milton s'est averée impraticable, ouvrir au hasard la Commedia, mais tout en faisant une feinte du côté du Paradis. Je suis tombé sur un paragraphe qui semble répondre au geste du blasphème en Enfer. C'était le rire de Béatrice, sur lequel il nous est dit que Dante a dû passer quelques cercles dans son ascension pour être prêt à en être témoin et qu'il hésite à nous le décrire, tout en y faisant allusion, car il trouve que cela échappe au langage. Notons bien que Dante ne nous dit pas cela d'une sainte ou d'un ange sortis du répertoire commun, mais d'une jeune femme qui a marqué sa vie.

D'habitude je m'oriente dans mon volume en vieil italien de la Commedia en feuilletant les aquarelles de William Blake. Mais hier soir, j'ai lu le texte tel qu'il s'est ouvert au hasard. Je crois que Blake n'a pas fait d'illustration particulière pour ce passage (le rire de Béatrice). En peintre grandiose (malgré la petitesse réelle de ses formats) il a peut-être trouvée anecdotique et accessoire pour son oeil cosmologique cette vision personnelle de Dante.

D'après les énoncés de la Somme Théologique que j'ai traduits, l'on peut attirer implicitement l'attention sur ce que tout l'argument de la Comédie tient lieu dans l'avenir ou la "vie future", or nous avons une évocation du rire féminin qu'on a du mal à situer dans un temps quelconque.

(Digression) : Là aussi la contention comporte quelques licences. Ce qui, en fait, nous oriente vers une lecture en termes d'amour courtois, qui nous ferait mettre vis à vis la Comédie et le Roman de la Rose, pour ne citer qu'une oeuvre de grandeur similaire.

En tout cas, pour ce qui est du Paradis en tant que "vie future", c'est l'amour qui rend possible et qui donne lieu au rebond du plus éphémère des bonheurs, le rire qui déchoit le langage, tout en l'orientant et le suscitant dans une parole dite à moitié.

Qui pourrait mieux soulager l'angoisse de Dante devant la mort que la prévision du rire de Béatrice? J'ai perdu la page et n'ai pas pu retomber sur elle, à plus forte raison que, dans l'entreprise de cette lecture sauvage, un certain reste de pudeur me dicte de ne pas faire état de la raison du rire de Béatrice, qui devrait être du genre de la petite bêtise masculine du poète, mais qui peut nous amener loin, en direction de la peur du poids du regard d'autrui, après l'écriture de la Divine Comédie, comme de tout poème, dans la vie qui suit toute l'absence d'une écriture poétique, ou, aussi, d'un acte d'amour. Il n'y a que le recours à un vieux souvenir, transposé, sous le signe du plaisir exquis, sur les domaines de la mort, qui peut traverser l'horreur du réel imminent pesant sur chaque construction de l'esprit.

Toujours à propos du sens ou de la quête de sens que suppose la péripétie de Dante avec Béatrice au Paradis, j'aimerais signaler l'invention de deux verbes dont Dante semble user avec désinvolture et qui peuvent nous conduire à percevoir un manque profond derrière la grandeur de l'attelage d'une oeuvre qui se voudrait totale. Dante dans le neuvième chant du Paradis, fait prophétiser Béatrice sur des querelles entre villes et familles. C'est au Paradis qu'il place la vipère de ses rancunes et il n'hésite pas à faire exprimer les rancunes politiques sous prétexte de prophétie à la "donna angelicata", ici juste une excuse pour poursuivre une sorte de pamphlet total, exhaustif. Et c'est dans cet échange de bile noire et de colère qu'il sent le besoin de mettre théâtralement en déplacement et en fusion les identités, de faire communier les fragments de parole qui peinent à se représenter en acteurs. Pour cela il soumet le langage à une légère torsion, inouïe, pas vulgaire pour deux sous, tel que l'usage de la langue se présente à lui. Il invente "inluia", "intuassi" et "inmii". Se fondre dans Dieu, dans Lui, et se fondre dans Béatrice.

"Dio vede tutto, e tuo veder s'inluia, diss'io, beato spirto, si che nulla voglia di sè a te puot'esser fuia. Dunque la voce tua, che'l ciel trastulla sempre col canto di quei fuochi pii che di sei ali fatt'han la colulla, perchè non satisface à miei dissii ? Già non attendere'io tua dimanda, s'io m'intuassi, come tu t'inmii."

Il n'y a d'autre principe de réalité après cette effusion que le déroulement pour ainsi dire mythologique de la parole (du discours) de Béatrice, qui répond par une digression qui vient juste accomplir la tâche "panoramique" de ce guide de voyage et ce répertoire que reste la Comédie.

(cliquer ici pour lire la quatrième partie de l'essai)


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samedi 21 mai 2011

Sur Dante (II)


Cliquer ici pour lire la première partie de la rédaction (Sur Dante)


"3. POUR COMMENCER, en Eccle. 11, 3 il est dit "là où le bois cédera, là-bas tu te verras" : de quoi il découle de façon manifeste qu'après cette vie les hommes n'accroissent ni les mérites ni les fautes, par rapport à celles qu'ils avaient dans cette vie. Or beaucoup de damnés n'ont pas été des blasphémateurs. Ceux là ne vont plus blasphémer dans la vie future."

Laissons à ce point Thomas d'Aquin poursuivre les pour et les contres de son affirmation. Il en est question de l'obscur Apocalypse, et du jugement du Docteur Angélique sur la méchanceté future persistante chez les damnés. Et la lecture dévient tellement écoeurante que j'ai du mal à me démêler jusqu'à la fin de l'article quart à cause du sadisme que l'auteur, au nom de l'Eglise, avait voulu rendre sublime et du domaine du savoir. Donc, ça me tombe des mains, mais il ne reste qu'une moitié non traduite et le détail ne va pas changer la chose. J'ai déjà mis le contraste entre l'expressivité des personnages de Dante et la soumission implicite de l'homme par le discours scolastique. Dante aurait-il été un mauvais élève, en égard de la théologie qui lui a été prêchée; mais qu'en sait-on de la plasticité d'une oppression qui lui était contemporaine ? Il a fait donc juste une petite malice, une caricature dans son cahier.

Toute lecture édifiante emprunte ses notions au non-dit. Fréquemment le discours pervers ne fait que singer ce qu'il voit ou écoute chez ses victimes; la littérature n'en est pas différente du discours légaliste, elle tâche juste de le camoufler. Disons que la Divine Comédie camoufle par conséquent une violence réelle, celle du quotidien. Camouflage en miroir à trois pannes. L'on ne peut que la lire par curiosité, ce qui est d'ailleurs un grand plaisir.

(cliquez ici pour lire la suite - Sur Dante 3)

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jeudi 19 mai 2011

Sur Dante (nouvelle mouture en cours de travail)


Sur Dante

Grosso modo, l'on viendrait à dire que le but, s'il y en a, de cet essai, est double, ou triple. Dire du mal est toujours multiple, à doublure, et c'est le caractère de l'écriture romantique, en rupture avec l'académisme et ses louanges du convenu, du classique digéré et dont il est la tisane digestive.

Quelles sont les chiffres qui ordonnent notre "noire" vision de Dante ? Ils nous serons fournis par de vieux réflexes universitaires devenus un peu sauvages. Mettons nous à parler, j'aurai préféré m'adresser de vive voix à quelqu'un assis en face sur le canapé et lui entasser les livres que je veux mettre en contrepoint de la Divine Comédie.

Je suis intéressé à savoir dans quelle mesure la Divine Comédie viendrait remplir la tâche de donner une image plastique à la philosophie scolastique de la Somme Théologique.

Je suis intéressé à savoir si la seule femme que Dante avait en tête en écrivant, était ce vieil amour mort d'une fille entrevue. Cela semble si calculé que l'on ne peut que songer à des femmes cachées ou à une apathie totale de Dante.

Je considère un artifice du même ordre que la nécromancie cette Béatrice ranimée tellement d'années après sa mort, pour remplir les tâches pénibles de la poésie, déjà cadavre en fin de compte, pour devenir le guide et l'objet d'adoration des parties sublimes du poème en trois volets.

Il est intéressant de savoir qu'il y a une transmission presque directe du thomisme chez Dante étudiant. Qu'il ne se contente pas d'être simple illustrateur de corollaires et rend le débat intrinsèque à la dialectique idéologique de la Somme. Comme par exemple lorsque Vanni Fucci blasphème par le biais d'un geste obscène la tendue controverse scolastique de si le blasphème est possible en Enfer est rendue par la pleine contradiction et par la plasticité du récit et de ses personnages.

Il était nécessaire que le blasphème puisse être proféré par les damnés dans la Commedia, puisque sinon il ne serait plus possible dans l'art et il ne pourrait tenir lieu la condamnation de l'art.

Il semblerait curieux que le serpent, symbole shivaïte, vienne punir en Enfer Vanni Fucci et les voleurs en général. Daniélou, sur ce thème, à part de présenter Shiva en parallèle avec Dionysos en tant que dieux de l'extase, fait de ce premier le patron en Inde des voleurs. Le serpent lui est lié par la tradition du yoga, sous le nom récent de Kundalini. Mais ce symbole ne devrait pas forcément nous envoyer dans une trop haute envolée. Ce ne serait qu'en même temps ce que cet animal est pour le paysan, un accident. Mais il est drôle que cet accident porteur de poison soit associé à la connaissance, à l'énergie, et que le voleur souffre par là. Le fantasme du péché contre la propriété privée serait-t-il celui d'un tomber plus bas dans le savoir ? La peur de l'irrespect, de l'accident noétique comme dissuasion inutile de Vanni Fucci, puisque c'est lui qui va aller jusqu'au blasphème ? Il en est plus de l'attentat à la pudeur, presque plus qu'aux richesses. Les richesses, le bien-être proportionnel de chacun, sont assimilés à l'intime, et de là au secret et au sacré il n'y a qu'un petit sautillement de la conscience.

Cela coûtait dix lires à l'époque, chaque fois qu'on fasse ce signe adressé à une image sacrée de Dieu ou de la Vierge, la figue, selon la loi du Prato.

Le Canto XXV commence in abrupto par ce blasphème : Tiens, Dieu, c'est ça que je te donne ! "Togli, Dio, qu'a te le squadro !" A peine fait-t-il allusion au discours pamphlétaire que Vanni Fucci vient de prononcer à la fin du Canto précédent. Le nouveau coup d'éclat pour le poète, le nouveau centre d'intérêt est le blasphème dans sa pour ainsi dire nudité, la nudité des faits.

Il n'est plus état du cercle des blasphémateurs, mais du blasphème à l'intérieur d'un cercle autre.

Voyons ce que dit la Somme (je traduirai librement du latin) :

Deuxième partie de la Deuxième partie

question 13

article 4

Si les damnés blasphèment

AU QUATRIÈME L'ON PROCÉDERA AINSI. On verra que les damnés ne blasphèment pas.

1. Une certaine punition nous arrête de blasphémer en notre vie présente. Or les damnés sont en train de faire l'expérience des douleurs de cette punition, et ils doivent à plus fort titre regretter le blasphème. Alors ils doivent s'abstenir encore plus du blasphème.

2. POUR COMMENCER, le blasphème, tant qu'il soit un péché très grave, il est avant tout un démérite. Or dans la vie future il n'est pas état de mérite ou démérite. Alors il n'y aura plus une place pour la pratique du blasphème.

3. POUR COMMENCER, en Eccle. 11, 3 il est dit "là où le bois cédera, là-bas tu te verras" :

(cliquer ici pour lire le reste du texte)


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proyecto con Claudia Gochicoa (happening)


collage, Manuel Montero, 2007


Se trataba de poner en cuestión el gesto callejero, la lucha que opone, bien antes que al rico y al pobre, al hombre que tiene miedo frente al que no lo tiene. Era también cuestión de la ley y de la geometría que nos hacen pagar por ocupar el espacio, por establecer cualquier tipo de dialéctica con lo femenino y con la naturaleza. Hablábamos de eso.

¿No piensas que en un happening como lo que pensamos lo único que debería integrar el circuito del arte : galería, vídeo, texto o conferencia, serían las reflexiones veladas, los ejercicios de memoria o a lo sumo los objetos alterados por los olvidados? O sea el post-happening.

Sí, buena idea... claro

En la medida en que el happening, al contrario que la performance, es una transgresión que tiene lugar en lo real.

Eso es lo interesante. Curioso, también se le llama acción al happening.

Chica, eso es prestigio "retro". Hay que explicar el valor de resistencia de la acción, en este paraíso de mermelada (como decía Lía Guerrero). ¿Qué tal invitar a la "gente" a intervenir emocionalmente sobre el pelele de Judas, como los tarahumaras?

Estoy de acuerdo en reconocer el valor de las acciones de resistencia cotidiana. Manuel, voy a desconectar : estoy exhausta de tanta emoción hoy. Mañana más.

*

Tomando conciencia, en un simple paseo por el Barrio Latino, donde tanto se movió en mayo del 68, de la impotencia en que estamos para volver a la práctica del happening,

decidí :

comunicar a Claudia para reflexión ciertos nuevos conceptos que me sugería el estado ambiente

proponer a Claudia el trabajo a distancia en este blog

lo cual supone :

que esta entrada será lugar de deliberación (un nuevo trans-blog pero específico)

que esta entrada está abierta a futuras publicaciones de Claudia Gochicoa en el cuerpo del texto y de los que quieran participar en el espacio de comentarios

lista de conceptos a debate :

La debilidad en la que nos pone esta necesidad de anestesia para vivir una sociedad perversa

véanse si no los que van en el metro con la música en los auriculares como si estuvieran bajo perfusión, recibiendo gota a gota un trato propio de un hospital y no de la calle

véanse los porcentajes de gente que se pone realmente bajo tratamiento (estar "agitado¨duele)

véanse los carteles del autobús en Paris que son casi victorianos (¨si su conversación privada la escuchan las demás personas, ya no es privada¨) y que moralizan sobre prácticas subjetivas que no debieran nunca ser normalizadas de ese modo

la posibilidad de un uso revolucionario de la inercia en la transformación del gesto social

*

mardi 10 mai 2011

Portrait fait par Claudia Gochicoa pendant son exposition (détail)

Voici un détail du portrait que vient de faire de moi l'artiste peintre Claudia Gochicoa.

Elle expose actuellement jusqu'à ce week-end au 42 rue Lamartine (métro Cadet) dans le IXe arrondissement. La galerie a été offerte par le P.C.F., dans une prise de parti courageuse, aux artistes underground et remuants comme Claudia, dont le travail de peintre va de pair avec une intéressante politisation via le Mexique, son pays d'origine.

Ses influences s'avèrent éclectiques, riches, à l'écoute de la haute culture comme du vécu. C'est souvent le cas chez les peintres et écrivains mexicains.

Des noms circulaient dans les deux sens, nous faisant écho, pendant la conversation, en dessinant : Klossowski, Bataille, les situationistes, Agustin Garcia Calvo, la poésie d'Isabel Escudero, Picasso, Diderot, Le Capital de Marx, les tarahumaras, le papier amatl des indiens otomi (dont la fabrication a été interdite par l'Inquisition, comme si d'autre drogue des sorciers en était, le papier des codex précolombiens, de tant de bibliothèques peut-être à jamais perdues)...

Blood For Dracula (1974): opening credits with Udo Kier



Here you will miss the final gag of the chair moving by itself.

dimanche 8 mai 2011

Nouvelles conversations de Dalilah et Guido


Nouvelles conversations de Dalilah et Guido

Guido

Le briquet rouge pour l'amour, le noir pour protection

mais dans ma poche juste il y a de l'amour

tant pis

je fumerai le risque

Tu m'annonces ma mort

poignardé dans le dos, que ce sera toi

l'auteur, le baiser de la vipère

je fume du sang de Cleopatra

nous avons écrit déjà ma malédiction et la tienne

ma trahison sera mourir

et la tienne te blesser avec ton poignard vivant

ma honte et ta langue

qui de nous est poignard et qui gaine ?



Guido

Je saurai reconnaître la ciguë persillée et pudique

le silence par le philtre, la drogue unique du philosophe

ce sera une promenade sauvage l'ultime délicatesse

qui nous fait cueillir l'herbe du suicide

Mon corps sera à mettre quelque part

dans les livres et dans la peinture

Guido l'athlète sera philosophe socratique

par le pacte de l'illusion

la littérature, le cinéma sont un contrat

avec l'art qui viendra et que notre corps marchande



les réponses de Dalilah s'écrivent en réponse ou en question aux poèmes de Guido

Guido

Tel un voyou dans les fantasmes

dans la lettre du mensonge

j'ai fait battre ton coeur



Guido

The Illustrated Strattford Shakespeare

faisait du sur-poids pour mon vol

sera-t-il resté sur l'étagère ?

*
Guido

Lequel ou laquelle tu préfères

des phrases de Shakespeare ?

Peut-être le délire n'est que citation

tu es capable d'écrire la meilleure tragédie

dont on se souviendrait et tu serais

Ophelia la muse du poète

Mais tu es Dalilah et Sanson expire

quand tu m'ajustes le front



Guido

Dissoudre la structure de ta sueur

dans le champignon total et rapide

de la mort du désir par la jouissance

ta chair divague dans le plaisir

d'un rien, d'un disparu, d'une soeur au pied de ma tombe, mon lit d'oisif

avec le seringue et le dicton de la panique

"tu calmes" me diras-tu dans la promenade

"ferme-la" je pense que tu vas me dire

et la peur que je renifle est d'ambre et du cristal de benjoin

toute grâce est ta posture



Guido


Quelque part dans l'enfance

dans le monde invraisemblable des fantasmes

est prévue la manière de la mise à mort

pour chaque femme, pour chaque traître à la loi

nous avons lu ensemble le livre du temps

notre crime est l'inceste

ou bien je te confonds avec la mère

de mes neveux



Guido

La confiance d'une nièce

le poignard dans le dos d'une belle-soeur

tu dépasses la lune par le teint

l'arc d'Apollon pour maudire tu tends

tel un papillon



Guido

Il y eut un sauveur, un nouvel Adam

nous l'avons fait et c'est artificiel et éphémère

l'homme est toujours l'homme et rien de tel

arrive au dieu, ni la fumée, ni le rêve

il est seul, il est poète, chez lui l'homme n'est pas l'homme



Guido

Le soir tombe doucement

ceci est ton silence

tu ne me réponds

qu'avec licence de mal aimée

nonchalamment

Vais-je publier que tu me manques ?

Vais-je, tel Orphée ou tel Orlando, secouer les larmes des saules ?

J'arrache l'arbre, l'arbrisseau, l'enfant

au silence d'une femme, je secoue la lettre

les lions ont du salpêtre dans le faux marbre des yeux

le soufre qui soigne et qui affole

la farandole du poème se baigne

habillée de malchance si elle se veut

du devant

nue sous sa loque elle trempe dans le dragon

et la feuille morte se mouille du philtre

pour ma disgrâce je porte ta trace

dans la mémoire du coeur et dans le noir

des étoiles qui dansent la mort de l'espoir

Dalilah, je suis perdu dans l'île

le vent est plus grand dans son chant que l'araignée et le peigne

sur l'orchestre Melusine chemine en nageant

et mon livre est scellé à une seule page

mais libre est la lecture de sa fin

la jalousie de l'usure ne déteigne ta crinière

tu ne serais la première à m'avoir tué des feuilles

tu serais la ciguë deuxièmement, je connaîtrai la ciguë

déjà l'instant avant

+

samedi 7 mai 2011

Karen Dalton Tribute



Gracias a Elisa-I. Prieto por el descubrimiento.

vendredi 6 mai 2011

j'appelle ça calligramme




eruditos a la violeta

Catacumbas de un sueño




La otra noche, habiéndome dormido en el sofá del taller, soñé con mi padre. La situación era inusual, sin ser realmente extraña. Sencillamente nunca me he encontrado con mi padre hablando en mitad de la noche en su cuarto, sentado a su lado en una cama, no ya de matrimonio, sino estrecha. Una confianza que solamente pude haber tenido con él en la primera infancia. En todo caso en mi sueño mi padre me mostraba libros que estaba estudiando. Nos demoramos en uno de pintura paleocristiana y me desperté con la idea de pintar uno de esos Cristos de catacumba, sobre el que hice esfuerzo de memoria visual durante el despertar.

Seguidamente, puesto de pie, tuve que reducir la idea temporalmente a simples dibujos a la tinta china. Eran las cuatro de la noche, no tenía tela lista para realizar un cuadro propiamente dicho. La idea era sospechosa de todas las ambigüedades que contienen los sueños. Quise hacer la tinta china como de costumbre, sobre el papel empapado en leche. Es mi forma de rendir ofrenda a la imagen pintada y de incluir una secreción animal en la obra, al mismo tiempo que la leche abre la pincelada y permite medias tintas espontáneas. Pero no tenía leche en el taller. Así que abrí el frigorífico y, aún habitado por la clarividencia del sueño, decidí echar mano de una carísima botella de vodka que tenía guardada para los invitados especiales. No para beber, sino para diluir la tinta y hacer las medias tintas. Les presento hoy esos dibujos que no sé cómo interpretar, sino como una presencia inmediata de viejas creencias en la imaginación.