

SOMETIMES ADULTS ONLY +++ (atelier5),75020 Paris


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planche 882
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(préambule)
les biographes nous font savoir des choses
que Diogène et sa femme et disciple
jeune et précocement érudite et féminine
s’accouplaient sur les marches de l’agora
ce n’est pas l’orgie communiste
ou Fourier
c’est un maître monogame
qui a affranchi son esclave pour ne pas partager
ses aumônes
c’est la liberté
*
Fourier a été une prompte lecture
d’Eve Livet, et l’on a parlé
les premiers jours de notre vie en commun
*
sur la planche contact avec des chiffres au feutre rouge
l’intimité d’Eve et d’un jeune intellectuel marocain
surtout lui torse nu une seule fois
en fin de rouleau et à l’extérieur
sur une plage semblablement
geste banale de protection
d’autres extérieurs sur marine portuaire
ce sont ses poses les plus étudiées
*
il n’y aura que des volcans
et le magma fera oublier
aux voyeurs et à la vapeur
les pingres voyages de nos armures
semble pressentir se portant la tête
aux mains qui devront parler
le jeune grisâtre qui écrit
orgueilleux profil nonobstant dans la concentration
deux bougies de cire rouge sont posées
dans la noirceur politique de la nuit
sur les verges argentées et hautes
des chandeliers
*
Le jour suivant il porte un bonnet marocain
et la définitive chemise blanche
l’espace semble un palace
chez lui murs blancs et un matelas
ou chez elle ou à l’hôtel
tu me diras demain si tu le lis
magistrale 25A 26
perspective à longs rideaux blancs
l’amant perdu au centre du regard
tel un monarque dont on ignore
le prénom et la fureur
encadré par l’air cubique
et un fond neutre et plus lunaire qu’un écran
un mur blanc
le gris lumineux et comme de porcelaine
ou encore le visage d’un fantôme
derrière sa chaise centrale
qui était pivotale dans l’instant du cadrage
comme un amant
comme un roi
comme un philosophe scélérat
qui a su te prendre avant en photo
dans le sourire de l’artiste
dans la proximité de la faiseuse d’images
dans celle de qui est elle-même image privée
qui se partage avec peu
ou qu’on donne généreusement au peuple
au nom du progrès
la beauté qui vient de naître dans les yeux
les bras détendus, offerts et réflexifs
il t’a fait des beaux portraits
ce jour-ci
*
la jalousie du montage
qui me fait dire lundi, dimanche, samedi
vient d’une photo finale de toi
trois portraits de toi en fin de rouleau
et d’un premier positif
comme un jeune nu qu’on rencontre
viril et offert, sachant, sachant
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(après l'interlude)
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En fait cet écrivain était bon acteur
les jeux du regard et les mains
du peuple et du magicien
tasse de Limoges pour le thé
danse devant un grand miroir
il vous montre un papier pour témoigner
de vos oublis
il signale
il dirige l'orchestre du cyprès
ébahi, furtif, à la fenêtre
il vous abandonne sa chambre
seule nature morte du rouleau
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(après la planche)
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L'ironie de l'aube me fatigue déjà
par sa musique des airs
et je range la planche contact et les négatifs
je retourne le dossier
au feutre fin est écrit un prénom
et l'année 1994 à Genève
rien ne manque pour surprendre et affaiblir
dans la loi des voyages aller-retour
comme les 1001 nuits les prouesses
de l'obscurité sont avant tout des chiffres
et des pays au dessus des nuages
*





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Je mets sur toi mon peignoir Yves Delorme
blanc cassé, gris poule, et noir de vigne
japonisant sommeil, la valise de carton
est comme un sexe de géante
un seul dossier à présent
toujours rue Marie Stuart
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planche 223
une amie d’un ami
le rouleau c’est un service à cette actrice de théâtre
sur les clichés plus cruels
sur les mi-tons et le lait de la clarté
sur une vie à rejeter le chiromancien
ou le vieux singe méprisant que je suis
entend parler la tumeur
d’une haine mortelle qu’on hérite
de l’Espagne qui a fait notre corps
la disgrâce de la bonne volonté
sur les plus cruels pardons de l’obturateur
d’autres coupures donnent des statues classiques
l’ampleur de ton style indestructible
peut faire un simulacre de déesse
d’après le meilleur des jeunes filles
de la ville
peut dicter la théologie du photographe
la cathédrale du portrait
les fouilles de l’intelligence
le récit historique d’une pose
d’une statue d’un Louvre
crépusculaire et de noirceur grecque
notamment 19A 20
d’autres la mettent dans un rôle d’Ophélie
comme 26A 27
d’autres la mettent dans un rôle d’Ophélie
pour la noyer dans un poème obscur
où la jalousie du temps abolit ses jours
et d’un regard de star fêlée sur la lampe de nuit
elle, elle, elle
elle semble protester du destin
qui a planifié de la trahir
*
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planches contact d’Eve (1)
Les hommes veulent voir l’intelligence chez le pervers
l’intelligence elle est partout, elle est comme une faiblesse humaine
qui dépasse la stricte spécialisation du malade ou de l’idéologue
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innocence du débutant et remords de celui qui se sait mortel
Lune et Apollon de la sagesse
elles restent dans l’imprévu d’une photographe classique comme Eve.
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Elle ne sera jamais plus livrée à son esprit
que dans les planches contact qui précèdent de dizaines d’années ses tirages.
C’est cela qui m’inspire le plus dans sa photographie
l’éveil apocalyptique
de ces dossiers qui regroupent des planches contact avec
pour titre de l’oeuvre
les dates et les lieux
des époques d’une vie
*
On y peut trouver tout, le concept est aboli, le style est indestructible,
sauf le lieu où une oeuvre définie telle l’Alhambra
se réserve plusieurs gros dossiers
où les années de fréquentation du palais
se présentent nues et concentrées
comme dans une mystique orgie royale
faite jeu d’échecs et tragique miroir
dans le désir de lumière du noir
*
Les photos de famille utilisent le blanc et noir
regard d’artiste
et la soeur cadette au fil des années
finit par être une modèle et une muse discrète et modeste
inconsciente de sa beauté et de l’ambition
dans la franchise et la patience du photographe
dans la magie offerte de ses gestes
rien n’est connu du trésor d’une vie de femme
dans la fidélité de ce métier moderne
*
je vous parle aussi d’une femme écrivain
d’une réalisatrice
d’une modèle et muse de plusieurs peintres
métier enivrant et énervant de rendre la vue
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planche 332
Ce regard de masque grecque
dialectique et d’Artémis
fille d’une maîtresse du dieu
ces contrastes nécessaires à l’élucidation du profil
ce regard de la soeur dans un autre premier plan
qui semble appris d’elle
l’une pose pour l’autre
s’essayant le même moulant noir
ces horizons où l’on perçoit le palace andalou
ces prises d’image comme des gravures
ces personnages d’un matin de soleil
à la porte du bar Pepillo dans la Carrera del Darro
qu’on apprend à connaître dans le sourire et les longues histoires
vieillards séducteurs ou merveilles d’une vie
annoncés par le serveur qui poétise leurs surnoms
et tout cela dans le calme et la chasteté
d’une rivière complice
du courant du négatif
la jeune et belle étrangère qui prête
sa caméra pour poser avec ces êtres de mémoire
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planche 622
ces chats inexpressifs qui nous regardent
curieux de nos ombres dans l’appareil du poème
chaque chat de la ruelle aura son instant de gloire
et cela les intéresse et les laisse pensifs
rois du flou et des fenêtres
il n’y aurait rien à dire et je serais pur délire
si ce n’était de l’art
le refus dans le regard d’une bourgeoise âgée sous la loupe
plongeante d’une amatrice décidée
les terrasses dans des jardins à la diable
plusieurs torses déhanchés de sa soeur dans les colonnades
le profil frontal d’une courtisane de Botticelli
encore plus fragile instant
ou semblable à l’animal de sagesse chez le chat
mais soucieux de la mode
si nerveux qu’une magazine feuilletée dans le couloir de la mort
parfait avec la douleur d’une providence
les pères vus de loin
qui semblent encore jeunes dans la tiédeur de l’ombre totale
quelques portraits répétés pour des doutes
quelque faute dans la trahison du souvenir
semblables à une image pieuse de Satan
les chats savent entendre la fureur
du métier et de l’art féminin
qui leur prête une attention d’amoureuse ou d’enfant sérieux
pour l’esprit il n’y a rien d’autre à faire de mieux
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Nigra Fair was followed by a number of Gods, fortunate mortal







La Dahlia, comme une fleur méconnue, dessinait des lèvres d’innocence sur les paupières fermées des corps non plus touchés de la Rose et la Blanche, absentes de la toile. Comme sur la fleur brodée de rouille d’un urinaire de province, sur elle pleuvait l’or de mon désespoir.
(petit hommage à un pseudo - se plaint la fleur d’être déjà fanée ? - digne d’une Kiki de Montparnasse... qui soit en même temps Colette ou Anaïs, et s’entende parfaitement avec Gertrud)
L’on croit connaître et pas se souvenir, cette fleur qu’on ne sait pas dessiner, pendant qu’on a eu Rose demi nue et Blanche qui nous volait des baisers et qui se baignait nue dans l’étang, pour qu’on la connaisse et sache la peindre, mais Dahlia comme une femme secrète m’a tout juste montré la peau de ses pieds rendant les chaussures à la grise moquette comme on rend un masque vénitien.
El pintor Manuel Montero acude a las Becas Al Raso y allí realiza una nueva tantra comedy neopobre junto a las componentes del grupo pos...